— Luca… écoute-moi… Nous formons une équipe ! Nous avions des projets ! Michael m’a manipulée, il disait que si ton père parlait, nous perdions tout le contrôle de la holding ! Je l’ai fait pour nous ! Pour notre avenir ! hurla-t-elle en éclatant en sanglots hystériques.
— Pour l’argent, rectifia Luca froidement.
Il se tourna ensuite vers son frère. Michael avait sorti une arme de sa poche intérieure avec la rapidité du désespoir, le canon pointé directement vers le front de Luca.
— Ne bougez pas ! Ne bougez surtout pas ! hurla Michael, le visage grimaçant, devenu fou de terreur. C’est fini ! Vous croyez m’avoir piégé ? Je dirige la moitié des réseaux de contrebande de la côte est ! Si vous me tuez, tout s’écroule avec moi ! Baissez vos armes, ou je vide mon chargeur dans sa tête !
Un mouvement de panique secoua les invités, qui se courbèrent sous les tables. Mais au milieu du chaos, une seule personne ne bougea pas d’un pouce.
Nora, retenant son souffle, protégeait toujours le fauteuil roulant d’Arthur.
— Michael, fit une voix calme. Une voix de glace.
C’était Luca. Il n’avait même pas cligné des yeux face au canon pointé sur lui.
— Tu penses vraiment que je serais venu ici sans m’assurer de rien ? continua Luca en faisant un pas en avant. Tu penses que je n’ai pas vérifié tes comptes offshore depuis trois jours ? Tes hommes ont déjà été neutralisés, Michael. Tes contacts à l’étranger ont été coupés dès ce matin. Tu es seul.
— Enfoiré ! cria Michael en pressant la détente.
Clic.
Le marteau de l’arme frappa le vide. Pas de détonation. Le chargeur était tombé, glissant discrètement sur le tapis quelques secondes plus tôt, éjecté par l’un des gardes de confiance de Luca qui s’était faufilé dans l’ombre.
En une fraction de seconde, Luca fondit sur son frère comme un fauve. D’un coup de poing d’une violence inouïe, il expédia Michael s’écraser contre le buffet de cristal, brisant verres et carafes dans un fracas assourdissant. Michael s’effondra, inconscient, le visage en sang.
Chapitre 4 : Le prix de la justice
Le silence retomba sur la salle, lourd, absolu, brisé seulement par les respirations saccadées de Vanessa et les gémissements étouffés du traître gisant au sol.
Luca resta immobile un long moment, les poings serrés, respirant profondément pour calmer la tempête qui faisait rage en lui. Puis, il rajusta les manchons de sa veste et s’avança vers le fauteuil roulant d’Arthur.
Il tomba de nouveau à genoux, non pas par faiblesse, mais par un profond respect filial qu’il n’avait plus manifesté depuis l’enfance. Il prit la main ridée de son père, celle qui tenait toujours la petite cuillère en argent.
— Pardonne-moi, Dad, murmura Luca, la voix brisée par l’émotion. Je n’ai pas su voir. J’ai laissé les loups entrer dans la maison.
Arthur posa doucement sa main libre sur la joue de son fils, essuyant une larme invisible qui avait perlé au coin de son œil.
— Tu es… le chef maintenant, Luca. Et tu as… fait ce qu’il fallait.
Puis, le regard d’Arthur se tourna vers Nora, qui se tenait un peu en retrait, essuyant furtivement une larme sur sa propre joue tout en soutenant son dos endolori par la fatigue et la grossesse.
Luca se releva lentement et se tourna vers Vanessa, qui tremblait de tous ses membres, plaquée contre le mur.
— Emmenez-la, ordonna Luca d’une voix de bronze à ses hommes de main. Et veillez à ce qu’elle ne revoie plus jamais la lumière du jour. Quant à mon frère… qu’on l’enferme dans la cellule du sous-sol en attendant que je décide de son sort définitif devant le conseil de la famille.
Deux hommes massifs s’avancèrent et empoignèrent Vanessa par les bras. Ses supplications désespérées résonnèrent dans les couloirs du manoir avant de s’éteindre peu à peu dans le lointain.
Chapitre 5 : Une nouvelle aube
Une heure plus tard, la grande salle de bal était vide. Les invités s’étaient éclipsés en silence, terrifiés mais conscients que l’ordre ancien venait d’être impitoyablement restauré.
Dans la cuisine spacieuse et chaleureuse du rez-de-chaussée, loin des dorures et du faste superficiel de la haute société, une douce lumière éclairait la pièce.
Arthur était assis confortablement près de l’îlot central, savourant enfin son bol de bouillon chaud et ses pommes de terre écrasées, qu’il mangeait lentement, cuillère après cuillère, avec un sourire paisible aux lèvres.
Nora était assise sur une chaise en bois juste en face de lui, un verre d’eau fraîche à la main.
La porte s’ouvrit doucement. Luca entra, ayant retiré sa veste de costume et desserré sa cravate. Il tenait une épaisse enveloppe craft dans une main et une petite boîte rectangulaire dans l’autre.
Il s’approcha de Nora et s’arrêta net, la regardant avec une gratitude infinie.
— Nora, dit-il doucement.
La jeune femme sursauta un peu et tenta de se lever, mais Luca posa une main ferme et délicate sur son épaule pour l’en empêcher.
— Reste assise, s’il te plaît. Tu as fait bien assez d’efforts pour aujourd’hui… et pour ces derniers mois.
— Monsieur Moretti… je suis désolée pour le grabuge, j’ai agi par impulsion, je… je sais que je suis renvoyée, balbutia Nora, baissant les yeux vers ses chaussures usées.
Luca esquissa un sourire fatigué mais sincère, trahissant une humanité que personne ne lui connaissait.
— Renvoyée ? Non, Nora. Tu n’es plus une employée ici. À partir de ce soir, tu es la directrice de la gestion de cette maison, avec un salaire qui te mettra à l’abri du besoin pour le reste de ta vie et celle de ton enfant.
Nora ouvrit grand les yeux, incrédule :
— Je… je ne peux pas accepter…
— Tu le dois, intervint Arthur d’une voix claire, un éclat de joie dans le regard. Sans toi, je serais resté muet dans mon tombeau de verre. Tu as sauvé mon âme, petite.