Il essaya de bouger les bras. Son épaule droite protesta violemment, mais elle tenait. En cherchant à tâtons dans ses poches, ses doigts frôlèrent un objet dur et rectangulaire. Son téléphone.
Miraculeusement, l’appareil était encore là, coincé dans la doublure renforcée de sa veste de survie. Il appuya sur le bouton latéral. L’écran s’alluma, fissuré en mille morceaux, mais fonctionnel.
BATTERIE : 4%
Il y avait des dizaines de notifications en attente. Des messages d’alerte de la plateforme, des commentaires de spectateurs paniqués, et surtout, un message privé en gras, épinglé tout en haut de l’écran, provenant d’un profil inconnu mais dont l’adresse IP provenait de France :
« Lucas, c’est ton père. Ne bouge pas. Je sais où tu es. J’ai retrouvé les coordonnées GPS de la balise de secours de ton téléphone. Je suis en route. »
Un sanglot de soulagement et d’incrédulité traversa la gorge de l’adolescent. Son père. Celui qu’on lui avait dit mort depuis onze ans. Il n’était pas seul.
CHAPITRE 5 : LA CONFRONTATION FINALE À LA VILLA
À l’aube, la somptueuse villa moderne perchée sur les falaises de la Côte d’Azur semblait baigner dans une quiétude trompeuse. Les rayons du soleil matinal se reflétaient sur la grande piscine à débordement qui surplombait la mer.
Claire faisait les cent pas dans le salon, une tasse de café fumante entre les mains. Ses yeux étaient cernés de rouge. Les paroles de Stéphane résonnaient en boucle dans sa tête : “Il est parti… comme prévu.”
Elle avait accepté le silence. Elle avait accepté les mensonges, étouffée par la peur de perdre sa propre vie si elle osait contester l’autorité de l’homme qui les avait “sauvés” après la disparition de Marc. Mais aujourd’hui, le poids de la culpabilité était devenu insupportable.
La porte d’entrée s’ouvrit brusquement. Stéphane entra, souriant, les bras ouverts.
— Alors, ma chérie ? Tout est prêt pour le grand départ ? Nous allons enfin pouvoir…
Il s’interrompit net.
Devant lui, assise sur le canapé en cuir blanc, Claire ne tenait plus son café. Elle tenait une vieille clé USB entre ses doigts, et surtout, sur la table basse, un ordinateur portable était ouvert, affichant une vidéo en boucle : les images tournées par Lucas depuis l’hélicoptère, capturées par le serveur de secours de la diffusion en direct.
Le sourire de Stéphane s’effaça lentement, remplacé par un masque de glace.
— Qu’est-ce que c’est que ça, Claire ?
— D’où vient cette vidéo, Stéphane ? demanda-t-elle d’une voix blanche, méconnaissable. D’où elle vient ? Tu m’as juré qu’il avait fait une fugue. Tu m’as juré qu’il était monté de son plein gré dans un train !
— C’est un montage, Claire. Un faux généré par intelligence artificielle. Tu sais comment sont les jeunes aujourd’hui, ils inventent des histoires pour attirer l’attention, pour nous nuire…
— Ne mens plus ! hurla-t-elle en se levant d’un bond, brisant la tasse contre le sol. J’ai écouté les enregistrements complets. J’ai vu les documents que Lucas avait trouvés dans ton bureau. Les faux actes de décès de Marc. Les transferts d’argent vers des comptes offshores. Et surtout… ce que tu lui as dit avant de le jeter dans le vide !
Stéphane fit un pas en avant. Son masque de gendre idéal venait de voler en éclats. Ses yeux brillaient d’une lueur froide et menaçante. Il glissa lentement la main sous sa veste, vers l’étui de son pistolet.
— Tu n’aurais jamais dû fouiller dans mes affaires, Claire. Tout comme ton fils. Vous étiez un boulet pour moi. Un poids mort.
Il sortit l’arme et la pointa directement vers elle.
— Et maintenant, nous allons régler ça. Comme une grande famille.
CHAPITRE 6 : L’ARRIVÉE DES FANTÔMES DU PASSÉ
Au moment même où Stéphane armait son pistolet, un fracas assourdissant secoua la propriété.
Le portail en fer forgé de la villa venait d’être arraché de ses gonds par un puissant 4×4 noir qui traversa la pelouse en trombe avant de piler net devant la terrasse. Les pneus hurlèrent sur les dalles de pierre.
Stéphane sursauta et tourna brusquement la tête vers l’entrée vitrée.
— Qu’est-ce que… ?
La portière du véhicule s’ouvrit violemment. Un homme en blouson de cuir noir, les cheveux grisonnants, le visage durci par les années de souffrance et de recherche, descendit du véhicule.
Marc.
Il tenait à la main une arme de poing, levée avec la précision clinique d’un ancien militaire. Ses yeux plantés dans ceux de Stéphane exprimaient une haine froide et millimétrée.
— Lâche cette arme, Stéphane, gronda la voix de Marc, résonnant comme un coup de tonnerre dans le salon luxueux.
Stéphane resta pétrifié une fraction de seconde, oscillant entre la stupéfaction et la panique.
— Marc… ? Mais c’est impossible ! Tu es mort ! J’ai réglé ça il y a onze ans !
— Tu n’as rien réglé du tout, cracha Marc en s’avançant pas à pas vers l’intérieur de la maison, franchissant le seuil brisé. Tu as acheté les mauvaises personnes, tu as falsifié les rapports d’accident, et tu as détruit ma vie. Mais aujourd’hui, c’est terminé.
Claire, collée contre le mur, regardait l’homme qu’elle avait aimé autrefois et qu’on lui avait présenté comme décédé. Les larmes inondaient son visage.
— Marc… pardon… je ne savais pas… il m’a menacée…
— On s’expliquera plus tard, Claire, coupa Marc sans baisser son arme. Où est mon fils ?
Stéphane, voyant qu’il n’avait plus d’issue, esquissa un sourire mauvais et pivota brusquement son arme vers Claire en l’attrapant par le bras.
— Si je tombe, elle vient avec moi ! Laisse-moi partir ou je lui mets une balle dans la tête !
Mais Stéphane avait oublié un détail. Un détail qu’il n’avait pas vu venir de la mer.
CHAPITRE 7 : LA JUSTICE DE L’OCÉAN
Un bourdonnement lourd et métallique se fit soudain entendre au-dessus de la villa. Un hélicoptère des garde-côtes français, guidé par les signaux de détresse satellitaires répétés du téléphone de Lucas et par l’interception de la diffusion en direct par les services de cybercriminalité, survola la propriété à basse altitude, braquant ses puissants projecteurs aveuglants sur la terrasse.