Dans le cimetière fleuri d’un petit village de montagne, Marc et Lili se tenaient debout devant une sépulture neuve, taillée dans un granit clair et chaleureux. Le corps de Clara avait été réhabilité, exhumé avec tous les égards et inhumé dignement sous son véritable nom de jeune fille et de femme mariée : Clara Morvan-Delcourt. À ses côtés reposait Gabriel Morvan, son père, réhabilité à titre posthume dans ses fonctions de haut magistrat, mort en héros pour avoir protégé la vérité.

Le vent doux faisait chanter les feuilles des chênes centenaires. Lili portait une jolie robe blanche à petites fleurs. Autour de son petit poignet gauche brillait le fin bracelet argenté aux trois étoiles gravées et au saphir pâle, que Marc avait récupéré et nettoyé avec soin.

Papa ? demanda doucement la fillette en levant les yeux vers lui.

Oui, mon ange ?

Est-ce que maman nous voit d’où elle est ?

Marc s’agenouilla près d’elle, entourant ses petites épaules de son bras protecteur. Il n’y avait plus d’avion à prendre, plus de dossiers urgents à boucler à l’autre bout du monde, plus de mensonges dissimulés derrière les convenances bourgeoises. Il avait démissionné de son grand cabinet d’affaires pour ouvrir un petit bureau de conseil juridique au service des familles vulnérables dans leur région d’origine. Il était enfin présent, entier, apaisé.

Il contempla le ciel pur d’avril où flottait un unique nuage blanc, puis plongea son regard dans les yeux de sa fille, ces mêmes yeux qui avaient guidé ses pas vers la lumière.

Elle nous voit, Lili, répondit-il d’une voix claire et assurée. Et pour la première fois depuis très longtemps, elle sait que nous sommes enfin libres.