Dans la grande maison en pierre dorée des monts d’Or, le silence de minuit avait une saveur nouvelle, sèche comme une page de papier calque. Assise à sa table en chêne massif, sous l’abat-jour vert de son bureau de retraitée, Colette ne tremblait pas. Elle avait passé trente-cinq ans de sa vie professionnelle au sein d’un réseau bancaire régional, grimpant les échelons un à un, de simple guichetière à directrice d’agence centrale. Elle connaissait les hommes par leurs signatures, leurs défaillances dissimulées derrière l’assurance d’un costume, leurs fausses excuses et leurs promesses de régularisation sans lendemain. Elle avait vu défiler des centaines de ménages s’enfonçant lentement dans le marasme, aveuglés par le train de vie d’autrui et incapables d’admettre leurs limites.
Elle n’avait simplement jamais imaginé que cette déchéance morale s’installerait un jour au premier étage de sa propre demeure, sous les pas légers et arrogants d’Amandine et le mutisme complice…