Sans ajouter un mot, Hélène prit son cabas en tissu élimé par les anses, se tourna vers l’escalier du Gulfstream et monta les marches d’un pas lent mais assuré. Le commandant Laurent s’inclina une dernière fois devant le directeur du site, monta à sa suite et referma la lourde porte étanche de l’appareil dans un bruit hydraulique feutré qui sonna comme le verrou d’un destin scellé.

Quelques minutes plus tard, les puissants réacteurs Rolls-Royce s’éveillèrent dans un rugissement contenu. L’appareil commença à rouler doucement vers la piste de décollage, ses formes parfaites fendant le vent du large avant de s’élancer vers le ciel azur et de disparaître dans la brume matinale.

Sur le tarmac désert, le vent soufflait désormais plus fort, rabattant les embruns froids contre les baies vitrées. Giulia Rossi restait là, immobile au milieu de l’immensité de béton, grelottante sous son tailleur devenu trop fin, contemplant l’horizon vide où l’avion s’était effacé. Elle comprenait enfin que le luxe le plus rare et le plus précieux ne s’achetait dans aucune boutique prestigieuse et ne se mesurait pas aux millions affichés sur un compte en banque : c’était la noblesse du cœur, et le long voyage pour l’acquérir ne faisait que commencer pour elle.