Le coffre se mit à vibrer.

Pas assez fort pour faire tomber quoi que ce soit, mais suffisamment pour que mon voisin sente le métal trembler sous ses pieds.

Tic.

Tic.

Tic.

Il regarda son frère.

Puis le fond du coffre.

Puis l’écran rouge fixé sur sa poitrine.

00:00:43.

— Qu’est-ce que tu veux dire par « sous mes pieds » ?

Son frère respirait difficilement.

Son visage avait changé.

Ce n’était plus celui d’un homme qui attendait d’être sauvé.

C’était celui d’un homme qui savait exactement ce qui allait se produire.

— Écoute-moi, murmura-t-il. Ne touche plus à rien.

— Il y a une bombe sous la barque ?

— Non.

— Alors où ?

Son frère leva lentement les yeux.

— Dans le coffre.

Mon voisin sentit son estomac se nouer.

— Mais tu es dans le coffre.

— Je sais.

— Alors explique-moi !

00:00:35.

Le téléphone posé près de la jambe de son frère vibra de nouveau.

Cette fois, personne ne l’appela.

L’écran s’alluma simplement.

Un message apparut.

NE LE SORS PAS.

Puis un deuxième.

IL DOIT RESTER DANS LE COFFRE.

Mon voisin regarda la rive.

La voiture noire était toujours là.

Mais l’homme qui se tenait à côté avait disparu.

— Il faut qu’on parte.

Son frère secoua la tête.

— Trop tard.

— Pourquoi ?

— Parce qu’ils veulent que tu fasses exactement ça.

Mon voisin sentit une vague de froid lui parcourir le dos.

— Qui sont « ils » ?

Son frère ferma les yeux.

Pendant une seconde, il sembla chercher la force de prononcer les mots.

Puis il dit :

— Ceux qui ont tué notre père.

Le compteur affichait :

00:00:24.

Mon voisin se figea.

— Notre père est mort d’une crise cardiaque.

— Non.

— J’étais là.

— Tu avais dix-sept ans.

— J’étais là !

— Et tu n’as jamais vu son corps.

Cette phrase fit plus de dégâts que n’importe quelle explosion.

Parce qu’elle était vraie.

Mon voisin se souvenait de cette nuit.

Des policiers.

De l’ambulance.

De sa mère qui pleurait dans la cuisine.

Mais il ne se souvenait pas avoir vu son père.

On lui avait dit qu’il était mort à l’hôpital.

On lui avait dit qu’il n’avait pas souffert.

Et pendant vingt ans, il n’avait jamais remis cette version en question.

00:00:16.

Son frère murmura :

— Sous le coffre, il y a une plaque métallique. Soulève-la.

— Quoi ?

— Fais-le.

— Et si la bombe explose ?

— Elle n’explosera pas.

— Comment peux-tu le savoir ?

Son frère regarda le compteur.

00:00:11.

— Parce que ce compteur est faux.

Mon voisin ne bougea plus.

— Quoi ?

— Ce n’est pas une bombe.

00:00:08.

— Alors qu’est-ce que c’est ?

Son frère sourit faiblement.

— Un avertissement.

00:00:03.

00:00:02.

00:00:01.

L’écran s’éteignit.

Silence.

Mon voisin attendit.

Une seconde.

Deux.

Trois.

Puis un petit déclic métallique retentit sous le coffre.

Et soudain, la partie inférieure s’ouvrit.

Pas une explosion.

Pas de feu.

Pas de fumée.

Seulement un compartiment dissimulé.

À l’intérieur se trouvait une enveloppe plastifiée.

Et sur cette enveloppe, un nom.

HENRI MOREL.

Le nom de leur père.

Mon voisin sentit ses mains trembler.

Il prit l’enveloppe.

Son frère le regarda.

— Maintenant, tu vas enfin savoir pourquoi j’ai disparu.
PARTIE 3 — L’HOMME QUI ÉTAIT MORT
Le nom de leur père était écrit au stylo noir.

L’enveloppe avait été protégée par plusieurs couches de plastique.

Elle était vieille.

Très vieille.

Mais elle n’avait pas été laissée dans le coffre depuis vingt ans.

Mon voisin le comprit immédiatement.

Le plastique était trop propre.

Les bords n’étaient pas décolorés.

Quelqu’un l’avait préparée récemment.

— Tu l’as mise là ?

Son frère ne répondit pas.

— Tu l’as mise là avant d’être enfermé ?

Silence.

— Réponds-moi !

Son frère regarda la rive.

La voiture noire avait disparu.

— Ouvre-la.

Mon voisin déchira le plastique.

À l’intérieur, il trouva trois documents.

Le premier était une photographie.

Le deuxième était une copie d’un rapport de police.

Le troisième était une feuille manuscrite.

Il commença par la photographie.

Deux garçons se tenaient devant une maison.

Ils avaient environ quinze ans.

Ils se ressemblaient parfaitement.

Mais quelque chose était étrange.

L’un des deux garçons avait une petite cicatrice au-dessus du sourcil gauche.

L’autre non.

Mon voisin porta instinctivement la main à son propre front.

Il avait cette cicatrice.

Il se souvenait de l’accident.

Son frère, lui, n’avait jamais eu cette blessure.

Il regarda l’homme dans le coffre.

— Tu es…

Il n’arriva pas à terminer.

Son frère répondit :

— Oui.

— Tu es mon frère.

— Oui.

— Mais alors…

— Je ne suis pas celui que tu crois.

Le silence devint lourd.

Mon voisin relut la photographie.

Puis il regarda le visage de l’homme devant lui.

Il n’y avait aucun doute.

C’était son frère.

Mais quelque chose ne correspondait pas.

Il retourna le rapport.

La première ligne lui glaça le sang.

ACCIDENT DE LA ROUTE — 14 OCTOBRE 2006.

Il continua à lire.

Deux victimes.

Une voiture retrouvée dans un ravin.

Incendie important.

Un corps identifié comme étant celui de Julien Morel.

Son frère.

Mon voisin releva les yeux.

— Ils ont identifié ton corps.

— Non.

— Le rapport dit qu’ils l’ont identifié.

— Ils ont identifié une personne portant mes vêtements.

Mon voisin resta immobile.

— Quoi ?

— Le corps était tellement brûlé qu’il était impossible de reconnaître le visage. Ils ont trouvé mon portefeuille dans la voiture. Ma montre. Mes papiers.

— Alors pourquoi tout le monde a cru que tu étais mort ?

— Parce que quelqu’un voulait que tout le monde le croie.

Mon voisin s’assit lentement.

— Qui ?

Son frère regarda la feuille manuscrite.

— Notre père.

Mon voisin secoua la tête.

— Impossible.

— Lis.

La feuille était écrite à la main.

L’écriture était irrégulière.

Comme si l’homme qui l’avait rédigée était pressé.