« AU VOLEUR ! ELLE A VOLÉ MON COLLIER ! »

Léa Martin, vingt-six ans, se retourna brusquement.

Elle n’eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait.

Camille lui attrapa violemment le poignet.

« Petite voleuse ! Tu pensais vraiment pouvoir quitter ce château avec mes diamants ? »

« Madame, je ne comprends pas ! »

La voix de Léa tremblait.

« Ne fais pas l’innocente ! »

Quelques secondes plus tard, des pas précipités retentirent derrière les grandes portes dorées.

Adrien Beaumont, quarante-quatre ans, entra dans la pièce.

Il découvrit sa sœur, furieuse, tenant une jeune domestique terrifiée devant une boîte à bijoux vide.

« Qu’est-ce qui se passe ici ? »

Camille éclata immédiatement en sanglots.

« Adrien ! Cette fille a volé le collier de maman ! »

Léa secoua désespérément la tête.

« Monsieur, je vous jure que je n’ai rien pris ! »

Adrien contempla la boîte de velours.

Puis la jeune femme.

« Léa, videz vos poches. »

Elle glissa instinctivement la main dans son tablier.

Ses doigts rencontrèrent quelque chose de froid.

De lourd.

Un bijou.

Lorsqu’elle sortit le collier de diamants, son visage se décomposa.

« Mais… comment… ? »

Camille poussa un cri triomphant.

« Vous voyez ! Je vous l’avais dit ! »

Léa éclata en sanglots.

« Je ne sais pas comment il est arrivé là ! Je vous en supplie, croyez-moi ! »

Adrien resta silencieux.

Puis son regard se leva vers l’immense miroir doré derrière sa sœur.

Dans le reflet, une minuscule lumière rouge clignotait.

La caméra de surveillance.

Adrien connaissait parfaitement son emplacement.

Il regarda Camille.

Sa voix devint glaciale.

« Camille… cette caméra était allumée. »

Le sourire de sa sœur disparut.

Pendant une seconde, elle sembla incapable de respirer.

Et Adrien comprit que cette affaire pourrait être beaucoup plus grave qu’un simple vol.

Le château de Beaumont se dressait à une trentaine de kilomètres de Paris, entouré de jardins à la française et de vieux arbres centenaires.

Depuis près de deux siècles, il appartenait à la même famille.

Les plafonds sculptés, les miroirs dorés et les collections de bijoux témoignaient d’une richesse considérable.

Mais sous cette beauté se cachaient des rancœurs anciennes.

Adrien Beaumont avait hérité de la gestion du domaine après la mort de ses parents.

Homme d’affaires respecté, il dirigeait plusieurs sociétés immobilières et présidait une fondation caritative créée par sa mère.

Sa sœur cadette, Camille, représentait quant à elle le visage mondain de la famille.

À trente-neuf ans, elle était célèbre pour ses robes somptueuses, ses réceptions privées et ses bijoux hors de prix.

Elle possédait une élégance presque parfaite.

Mais derrière son sourire se cachait une obsession.

Ne jamais paraître inférieure à son frère.

Depuis leur enfance, Camille avait toujours eu l’impression de vivre dans son ombre.

Adrien obtenait les félicitations de leur père.

Adrien héritait des responsabilités.

Adrien prenait les décisions.

Et elle devait sourire, accueillir les invités et représenter dignement le nom Beaumont.

Lorsque leur mère, Hélène, était morte trois ans auparavant, Camille avait exigé de gérer une partie des activités de la fondation familiale.

Adrien avait accepté.

Il croyait offrir à sa sœur l’occasion de trouver enfin sa place.

Il ignorait alors que cette décision allait mettre en danger des dizaines de personnes.

Ce soir-là, une réception privée réunissait une centaine d’invités au château.

Dans les salons, les convives buvaient du champagne sous les lustres en cristal.

Léa travaillait depuis huit mois au service de la famille.

Discrète, sérieuse, elle effectuait son travail avec une attention remarquable.

Elle n’avait jamais reçu le moindre avertissement.

Adrien lui faisait confiance.

Camille, en revanche, avait commencé à la détester.

Non parce que Léa avait commis une erreur.

Mais parce qu’elle avait récemment découvert quelque chose qu’elle n’aurait jamais dû voir.

Dans le salon privé, la tension devenait insupportable.

Camille désigna la caméra.

« Tu ne vas quand même pas croire cette fille plutôt que ta propre sœur ! »

Adrien répondit calmement :

« Je vais regarder les images. »

« Les caméras ne fonctionnent peut-être même pas ! »

« Nous le vérifierons. »

Camille croisa les bras.

« Elle avait le collier dans sa poche ! Que te faut-il de plus ? »

Adrien se tourna vers Léa.

« Posez le collier sur la console, s’il vous plaît. »

Elle obéit.

Ses mains tremblaient tellement qu’elle faillit laisser tomber le bijou.

Camille sourit avec mépris.

« Voilà ce qui arrive quand on engage n’importe qui ! »

Adrien se retourna brusquement.

« Ça suffit, Camille. »

Sa sœur sursauta.

Il ne lui avait jamais parlé sur ce ton devant le personnel.

« Tu l’accuses d’un délit grave. Je refuse de prendre une décision sans vérifier les faits. »

Camille serra les dents.

« Tu me fais honte. »

Adrien ne répondit pas.

Il appela son responsable de sécurité.

« Étienne, préservez immédiatement les enregistrements du salon privé. Personne ne doit pouvoir les modifier. »

Camille pâlit de nouveau.

« Adrien, tu ne vas pas vraiment faire ça ? »

Il la regarda.

« Si Léa a volé le collier, les images le montreront. »

Il marqua une pause.

« Et si elle ne l’a pas volé, elles montreront autre chose. »

Quelques minutes plus tard, Léa attendait dans une petite pièce attenante.

Elle respirait difficilement.

Elle avait peur de perdre son travail.

Son logement de fonction.

Et surtout, sa réputation.

Sa mère était morte quatre ans auparavant, lui laissant la responsabilité morale de son petit frère, Simon.

À dix-neuf ans, le jeune homme suivait une formation dans le domaine médical.

Léa économisait presque tout son salaire pour l’aider.

Une accusation de vol pouvait bouleverser leur avenir.

La porte s’ouvrit.

Adrien entra seul.

« Léa, j’aimerais vous poser une question. »

Elle essuya rapidement ses larmes.

« Oui, monsieur. »

« Ma sœur vous a-t-elle menacée récemment ? »

Léa baissa les yeux.

Adrien remarqua immédiatement son hésitation.

« Je vous demande la vérité. »