Ma sœur, qui quelques minutes plus tôt souriait encore devant ma robe détruite, regardait maintenant Monsieur Bernard comme si elle venait de voir un mort entrer dans la salle.
« Qu’est-ce qu’il fait ici ? »
Sa voix n’avait plus rien d’arrogant.
Maître Delaunay s’est arrêté devant elle.
À côté de lui se tenait la femme que je ne connaissais pas encore.
Tailleur noir, cheveux attachés, une sacoche sous le bras.
Anaïs a regardé l’un, puis l’autre.
Enfin, ses yeux sont tombés sur la pochette que tenait mon avocat.
Je connaissais cette expression.
C’était celle qu’elle avait lorsque quelque chose échappait à son contrôle.
« Camille… »
Je n’ai rien répondu.
« C’est quoi, tout ça ? »
Maître Delaunay s’est tourné vers moi.
« Vous voulez qu’on fasse ça ici ? »
J’ai regardé autour de moi.
Des invités nous observaient de loin.
Ma mère se tenait quelques mètres derrière, blanche comme le mur.
Compréhension approfondie
Réservez un professeur particulier de langue étrangère
Inscrivez-vous à un cours de langue
Hôpital
Juliette avait rejoint Mathieu, qui venait enfin d’apprendre qu’il ne s’agissait pas simplement d’un problème de robe.
J’ai secoué la tête.
« Pas devant tout le monde. »
Anaïs a immédiatement retrouvé un peu d’assurance.
« Très bien. Enfin une décision intelligente. »
Puis elle a tenté de partir.
Maître Delaunay a simplement dit :
« Anaïs, je vous conseille de rester. »
Elle s’est arrêtée.
« Vous me conseillez ? »
« Oui. »
« Je ne vous ai jamais engagé. »
« Non. Votre sœur, si. »
Elle s’est tournée vers moi.
« Depuis quand tu as un avocat contre moi ? »
« Depuis huit mois. »
Cette fois, même sa bouche s’est entrouverte.
Je n’avais jamais vu Anaïs manquer de réponse.
Nous nous sommes installés dans un petit salon privé à côté de la bibliothèque du château.
Moi.
Anaïs.
Maman.
Mathieu.
Juliette.
Maître Delaunay.
Monsieur Bernard.
Et la femme au tailleur noir, qui s’est enfin présentée.
« Claire Renaud. Je travaille sur l’analyse comptable du dossier avec Maître Delaunay. »
Anaïs a croisé les bras.
« Quel dossier ? »
Personne n’a répondu immédiatement.
Monsieur Bernard s’est assis face à elle.
Je voyais qu’il était mal à l’aise.
Cet homme avait travaillé avec mon père pendant presque quinze ans.
Papa lui faisait confiance.
Après sa mort, Bernard avait aidé maman à remettre de l’ordre dans plusieurs comptes professionnels et personnels.
Puis il avait pris sa retraite.
Anaïs le savait.
Voilà pourquoi sa présence la terrifiait.
Maître Delaunay a sorti la première feuille.
« Vous reconnaissez cette signature ? »
Il l’a posée sur la table.
Ma sœur n’a même pas regardé correctement.
« Non. »
Maman a laissé échapper un souffle.
« Anaïs… »
« Quoi ? Je ne reconnais pas toutes les signatures du monde. »
Je me suis penchée.
« C’est celle de papa. »
Elle m’a regardée.
« Et ? »
« Le document est daté du 14 novembre. »
Silence.
Papa était mort le 2 juillet.
Anaïs a détourné le regard.
« Donc quelqu’un s’est trompé de date. »
Monsieur Bernard a secoué la tête.
« Non. »
« Vous n’en savez rien. »
« Si. Parce que c’est moi qui ai repéré le document. »
Anaïs est devenue très pâle.
Bernard a poursuivi.
« J’ai reçu une copie lors de la clôture d’un compte secondaire utilisé par l’ancienne société de votre père. Il y avait une autorisation de paiement portant sa signature. »
« Et vous avez attendu tout ce temps ? »
« J’ai d’abord pensé à une erreur de classement. Puis j’ai comparé plusieurs pièces. »
Claire Renaud a ouvert son propre dossier.
Elle a posé quatre feuilles côte à côte.
« Celle-ci est une véritable signature de votre père. Celle-ci aussi. Et celle-là. »
Puis son doigt s’est arrêté sur la quatrième.
« Celle-ci présente des différences. »
Anaïs a éclaté de rire.
Trop fort.
« C’est ridicule. Vous êtes graphologue maintenant ? »
Claire n’a pas réagi.
« Non. C’est précisément pour cela que nous avons demandé une analyse spécialisée. »
Le rire s’est arrêté.
Ma sœur a regardé maman.
« Tu laisses Camille faire ça ? »
Maman avait les yeux pleins de larmes.
« Je veux juste savoir la vérité. »
« Quelle vérité ? »
« L’argent. »
Anaïs s’est levée.
« Je ne resterai pas ici pendant qu’on m’accuse de vol le jour du mariage de ma sœur. »
Cette phrase m’a presque coupé le souffle.
Elle venait de verser volontairement de la colle sur ma robe une heure plus tôt.
Et elle réussissait encore à se présenter comme la personne agressée.
Je me suis levée à mon tour.
« Assieds-toi. »
Elle m’a fixée.
« Pardon ? »
« Pour une fois, Anaïs, tu vas m’écouter jusqu’au bout. »
« Ou quoi ? »
J’ai senti Mathieu bouger derrière moi.
Je lui ai fait signe de ne pas intervenir.
Je n’avais pas besoin qu’il parle à ma place.
« Ou tu pars. Mais dans ce cas, Maître Delaunay transmettra le dossier sans que tu aies entendu ce qu’il contient. »
Elle a regardé l’avocat.
« Transmettre à qui ? »
Maître Delaunay a répondu calmement :
« Aux personnes compétentes pour traiter ce type de faits. »
Le visage d’Anaïs s’est fermé.
Puis elle s’est rassise.
Claire a sorti un relevé bancaire.
« Huit mois auparavant, Camille nous a demandé d’examiner plusieurs opérations sur les anciens comptes de votre père et ceux liés à la succession. »
Anaïs s’est tournée vers moi.
« Tu fouilles dans les comptes de papa depuis huit mois ? »
« Oui. »
« Sans nous prévenir ? »
« Sans te prévenir. »
Elle a serré la mâchoire.
Claire a continué.
« Au départ, il manquait environ quatorze mille euros sur une série d’opérations que la famille n’arrivait pas à expliquer. »
Maman a murmuré :
« C’est ce qu’on avait découvert après son décès… »