Ils avaient ri.
Puis parlé pendant près d’une heure.
Élise n’avait pas remarqué la montre coûteuse qu’Adrien cachait sous sa manche.
Elle n’avait pas demandé combien il gagnait.
Elle lui avait simplement proposé un café.
Au début, Adrien pensait que cette relation ne durerait pas.
Mais Élise était différente.
Elle travaillait comme éducatrice spécialisée.
Elle consacrait beaucoup de temps aux enfants en difficulté.
Elle vivait dans un petit appartement.
Et elle ne semblait jamais impressionnée par les apparences.
Lorsqu’elle avait remarqué la silhouette inhabituelle d’Adrien, elle lui avait demandé s’il avait besoin d’aide.
Il avait répondu qu’il ne souhaitait pas parler de sa santé.
Elle avait respecté son silence.
Et Adrien avait pris ce respect pour une preuve qu’il pouvait continuer à mentir.
— Tu comprends maintenant ? demanda-t-il.
Élise releva lentement les yeux.
— Non.
Adrien se figea.
— Élise…
Elle secoua la tête.
— Je comprends que tu aies souffert.
Sa voix tremblait.
— Je comprends qu’on t’ait trahi.
Elle désigna le costume.
— Mais je ne comprends pas pourquoi tu as décidé que je devais payer pour ce qu’une autre femme t’avait fait.
Adrien resta silencieux.
Élise poursuivit :
— Tu ne m’as pas laissé choisir de t’aimer tel que tu es.
Une larme glissa sur sa joue.
— Tu m’as laissée tomber amoureuse d’une histoire que tu avais inventée.
Adrien baissa les yeux.
— Je voulais être certain…
— Certain de quoi ?
Elle éclata en sanglots.
— Que je ne partirais pas ?
Il ne répondit pas.
Élise retira lentement son alliance.
Adrien sentit son cœur s’arrêter.
— Qu’est-ce que tu fais ?
Elle posa la bague sur la table de nuit.
Puis murmura :
— Tu voulais savoir si je pouvais t’aimer malgré ton apparence. Mais tu n’as jamais cherché à savoir si je pouvais vivre avec tes mensonges.
Adrien ouvrit la bouche.
Aucun mot ne sortit.
Élise se leva.
Elle prit son téléphone.
Puis ajouta :
— J’ai besoin de partir.
Adrien fit un pas vers elle.
— Élise, s’il te plaît…
Elle recula.
— Ne me retiens pas.
Il s’arrêta immédiatement.
Elle le regarda une dernière fois.
— Ce n’est pas ton corps qui me fait peur, Adrien.
Sa voix se brisa.
— C’est le fait que tu sois capable de me regarder dans les yeux pendant un an sans me dire la vérité.
Puis elle quitta la suite.
Adrien resta seul.
Devant le grand lit.
La robe blanche avait laissé quelques plis sur les draps.
Le faux ventre reposait sur le tapis.
Et sur la table de nuit brillait l’alliance d’Élise.
Il venait de perdre la seule personne qui l’avait aimé sans rien lui demander.
Non pas à cause de son apparence.
Mais à cause de la peur qui l’avait poussé à la tromper.
PARTIE 3 — LE CHOIX QU’AUCUNE FORTUNE NE POUVAIT ACHETER
Le lendemain matin, Élise se réveilla chez sa sœur, Claire.
Elle n’avait presque pas dormi.
Sa robe de mariée était suspendue derrière une porte.
Son téléphone affichait plusieurs appels manqués.
Tous venaient d’Adrien.
Claire posa une tasse de thé devant elle.
— Tu veux m’expliquer ce qui s’est passé ?
Élise regarda sa sœur.
Puis éclata en larmes.
Pendant près d’une heure, elle lui raconta tout.
Le faux ventre.
La fortune cachée.
Le passé d’Adrien.
Et ses mensonges.
Claire l’écouta sans l’interrompre.
Puis demanda :
— Est-ce que tu l’aimes encore ?
Élise baissa la tête.
— Oui.
Elle essuya ses yeux.
— C’est ça, le pire.
Claire lui prit la main.
— L’aimer ne signifie pas que tu dois accepter tout ce qu’il a fait.
Élise acquiesça.
— Je sais.
Pendant les jours suivants, Adrien essaya de reprendre contact.
Mais Élise avait besoin de distance.
Elle lui demanda de respecter son silence.
Il accepta.
Pour la première fois, il comprit qu’il ne pouvait pas résoudre un problème en prenant simplement une décision à la place des autres.
Il consulta un psychologue.
Il commença à parler de Victoria.
De sa peur.
De son obsession de contrôler les relations.
Et de ce besoin de soumettre chaque nouvelle personne à une épreuve secrète.
Au cours d’une séance, le professionnel lui posa une question simple :
— Monsieur Delcourt, comment réagiriez-vous si votre épouse vous avait caché pendant un an quelque chose d’aussi important ?
Adrien resta longtemps silencieux.
Puis répondit :
— Je me sentirais trahi.
Le psychologue acquiesça.
— Alors vous commencez à comprendre ce qu’elle ressent.
Deux semaines plus tard, Adrien écrivit une lettre à Élise.
Il ne demanda pas qu’elle revienne.
Il ne promit pas des voyages.
Il ne proposa pas d’argent.
Il écrivit simplement :
Élise,
Je croyais que mon passé me donnait le droit de me protéger de toutes les façons possibles.
Je me trompais.
Tu ne m’as jamais demandé de preuve d’amour.
Mais moi, je t’ai imposé une épreuve que tu ignorais passer.
Je t’ai privée de la possibilité de choisir librement.
Je ne te demande pas de me pardonner maintenant.
Je veux seulement reconnaître que je t’ai menti et que tu méritais mieux.
Adrien.
Élise relut cette lettre plusieurs fois.
Elle pleura.
Puis la rangea dans un tiroir.
Elle ne répondit pas immédiatement.
Trois mois passèrent.
Adrien poursuivit son travail sur lui-même.
Élise continua de travailler auprès des enfants.
Ils restèrent séparés.
Puis, un après-midi, elle lui envoya un message.
Nous devons parler.
Ils se retrouvèrent dans la petite librairie où ils s’étaient rencontrés.
Adrien portait une chemise blanche et un pantalon sombre.
Sans costume.
Sans faux ventre.
Sans luxe ostentatoire.
Élise s’assit face à lui.
— Bonjour.
— Bonjour.
Pendant quelques secondes, ils restèrent silencieux.
Puis Adrien dit :
— Merci d’être venue.
Élise acquiesça.
— J’ai beaucoup réfléchi.
Il attendit.
— Je t’aime encore.
Adrien sentit ses yeux s’humidifier.
Mais elle leva doucement la main.
— Laisse-moi terminer.
Il acquiesça.
Élise poursuivit :
— Je ne peux pas faire comme si rien ne s’était passé.
— Je le sais.
— Et je ne peux pas te promettre que tout redeviendra comme avant.