PARTIE 1 — LE SECRET DE LA NUIT DE NOCES
— Adrien… qu’est-ce que tu es en train de faire ?
Élise Moreau porta ses deux mains à sa bouche.
Il était presque minuit.
Dans la somptueuse suite nuptiale d’un palace parisien, les lumières de la ville scintillaient derrière d’immenses baies vitrées.
Un lustre de cristal éclairait doucement la pièce.
Le grand lit aux draps blancs était entouré de meubles crème et de décorations dorées.
Élise, vingt-sept ans, était assise sur le bord du matelas.
Elle portait encore sa magnifique robe de mariée.
De fines broderies de dentelle décoraient son corsage, tandis que sa longue jupe blanche s’étalait sur le lit.
Ses cheveux bruns étaient relevés en un chignon élégant.
Mais son visage n’exprimait plus la joie.
Il exprimait la terreur.
Devant elle se tenait Adrien Delcourt.
Son mari depuis quelques heures seulement.
Trente-deux ans.
Cheveux bruns.
Mâchoire carrée.
Regard sombre.
Il portait un pantalon noir et une étrange tenue beige qui enveloppait tout son torse.
Cette tenue formait un ventre énorme.
Un ventre arrondi, presque disproportionné.
Depuis leur première rencontre, Adrien avait toujours présenté cette silhouette comme la conséquence d’une condition physique dont il ne souhaitait pas parler.
Et Élise l’avait cru.
Jusqu’à cet instant.
Adrien attrapa le haut du vêtement beige.
Puis le souleva.
La matière se plissa.
Le ventre remonta avec elle.
Élise se redressa brusquement.
— Adrien !
Mais il continua.
En quelques secondes, il retira entièrement la tenue.
Sous le rembourrage apparut un torse puissant.
Des épaules larges.
Une poitrine musclée.
Un abdomen parfaitement dessiné.
Élise resta bouche bée.
L’homme qu’elle avait épousé ne ressemblait plus du tout à celui qu’elle connaissait.
Adrien la regarda.
— Ce ventre… tu croyais vraiment qu’il était à moi ?
Il laissa tomber la combinaison beige sur le tapis.
Le faux ventre forma une masse arrondie près de ses chaussures.
Élise recula.
— Mais… tu m’as caché ton vrai corps ?
Adrien ne répondit pas immédiatement.
Il la regardait avec une gravité inquiétante.
Puis il déclara :
— Tu ignores encore pourquoi j’ai fait ça.
Élise se leva du lit.
Sa robe blanche glissa sur le tapis.
Ses mains tremblaient.
— Alors… dis-moi ce que tu me caches !
Adrien baissa les yeux vers le faux ventre.
Puis murmura :
— Parce que je voulais savoir si tu m’aimerais encore quand tu découvrirais que je t’avais menti.
Élise sentit son cœur se serrer.
— Quoi ?
Adrien prit une profonde inspiration.
— Et parce que quelqu’un m’avait convaincu que toutes les femmes qui s’approchaient de moi n’en voulaient qu’à mon argent.
Élise resta immobile.
— Ton argent ?
Elle répéta ces mots avec incrédulité.
— Adrien, tu m’avais dit que tu travaillais dans une petite société de transport !
Il baissa la tête.
— C’est vrai que j’y travaille.
— Tu m’avais dit que tu vivais modestement !
— C’était aussi le cas, pendant un temps.
Élise recula encore.
— Qui es-tu réellement ?
Adrien se dirigea vers la fenêtre.
Les lumières de Paris se reflétaient sur son visage.
Puis il répondit :
— Je suis le principal héritier du groupe Delcourt.
Élise ouvrit de grands yeux.
Elle connaissait ce nom.
Tout le monde le connaissait.
Des hôtels.
Des entreprises.
Des propriétés.
Une fortune estimée à plusieurs centaines de millions d’euros.
Elle porta une main à sa poitrine.
— Tu es… cet Adrien Delcourt ?
Il acquiesça.
— Oui.
Un silence terrible s’installa.
Puis Élise murmura :
— Alors notre mariage… c’était un mensonge depuis le début ?
Adrien ne répondit pas.
Et son silence fut la chose la plus douloureuse qu’elle ait entendue de toute la soirée.
PARTIE 2 — L’HOMME QUI AVAIT PEUR D’ÊTRE AIMÉ
Élise se dirigea vers le fauteuil près du lit.
Elle s’y assit lentement.
— Depuis combien de temps portes-tu cette chose ?
Adrien regarda le costume abandonné sur le tapis.
— Depuis presque un an.
— Un an ?
Elle se tourna brusquement vers lui.
— Tu as passé un an à me mentir ?
Adrien acquiesça.
— Oui.
Les yeux d’Élise se remplirent de larmes.
— Pourquoi ?
Il s’assit à distance.
Puis commença à raconter.
Trois ans auparavant, Adrien était fiancé à une femme nommée Victoria.
Elle appartenait à une famille influente.
Belle.
Élégante.
Cultivée.
Elle semblait profondément amoureuse.
Adrien lui avait tout offert.
Des voyages.
Des bijoux.
Une maison.
Puis, quelques semaines avant leur mariage, il avait découvert une correspondance entre Victoria et un homme d’affaires.
Ils parlaient de la fortune Delcourt.
D’actions.
De propriétés.
Et surtout d’un contrat qui permettrait à Victoria d’obtenir une situation financière considérable en cas de séparation.
Mais ce qui avait détruit Adrien n’était pas la question de l’argent.
C’était une phrase.
« Je peux supporter n’importe quoi chez lui. Il suffit de penser à ce que j’obtiendrai après le mariage. »
Adrien avait rompu ses fiançailles.
Puis il s’était isolé.
Il avait quitté les bureaux familiaux.
Il avait demandé à travailler discrètement dans une filiale de transport sous une identité professionnelle moins exposée.
Et il avait commencé à se méfier de toutes les personnes qui l’approchaient.
— Mais quel rapport avec ce ventre ? demanda Élise.
Adrien baissa les yeux.
— Après ma rupture, j’ai développé une peur irrationnelle d’être aimé uniquement pour mon apparence ou mon argent.
Il marqua une pause.
— J’ai rencontré un homme qui fabriquait des costumes et des prothèses pour le cinéma.
Élise fronça les sourcils.
— Et tu lui as demandé de te fabriquer ça ?
Adrien acquiesça.
— Oui.
Il regarda la tenue beige.
— Je voulais cacher mon corps. Je voulais que les femmes qui me rencontreraient ne voient pas l’homme que j’étais réellement.
Élise resta silencieuse.
Puis demanda :
— Et moi ?
Adrien releva les yeux.
— Toi, tu es arrivée sans rien savoir.
Ils s’étaient rencontrés onze mois auparavant.
Dans une petite librairie de quartier.
Élise cherchait un livre pour sa mère malade.
Adrien avait fait tomber une pile d’ouvrages en voulant l’aider.