L’inspecteur Miller s’approcha, sortant une paire de menottes en acier qui cliquetèrent sèchement dans la pièce.

— Claire Mercier, dite Delacroix. Au nom de la loi, je vous arrête pour l’assassinat avec préméditation de Charles Montgomery commis il y a sept ans, pour tentative d’extorsion en bande organisée, et pour dénonciation calomnieuse et tentative d’escroquerie au jugement. Vous avez le droit de garder le silence…

VII. L’aube sur les cendres
Le soleil se levait enfin sur Oakridge, perçant la brume automnale qui enveloppait les collines de l’Hudson.

Sur la terrasse surplombant le parc, Eleanor et Ethan se tenaient côte à côte, une tasse de café fumant entre les mains. Le vent d’octobre faisait tourbillonner les feuilles écarlates et dorées sur le marbre immaculé de l’escalier extérieur, là où la veille encore résonnaient les échos d’une mascarade funeste.

— Tu savais depuis le début qu’elle n’abandonnerait jamais, dit doucement Ethan en rompant le silence.
— Les gens qui construisent leur vie sur une rancœur ne savent plus s’arrêter, Ethan. S’arrêter, pour eux, c’est disparaître, répondit Eleanor, son regard plongé dans l’horizon lointain. Elle aurait fini par t’empoisonner toi aussi, une fois en possession des titres. C’était inévitable.
Ethan passa une main fatiguée sur son front.
— J’ai cru l’aimer, maman. J’ai sincèrement cru qu’elle était la seule chose pure qui m’était arrivée.
Eleanor posa sa main sur l’épaule de son fils, un geste d’une tendresse rare et désarmée qu’elle ne s’était pas autorisée depuis des décennies.
— Tu as aimé l’illusion qu’elle a créée pour toi. Ton cœur est intact, Ethan. C’est son âme à elle qui était morte depuis longtemps.

Au bas de l’allée gravillonnée, le fourgon cellulaire de l’administration pénitentiaire démarra dans un crissement de pneus feutré, emportant Claire vers une cellule d’où elle ne sortirait sans doute jamais.

Ethan inspira profondément l’air frais et pur du matin. Pour la première fois depuis sept ans, le manoir d’Oakridge ne résonnait plus d’aucun murmure mensonger. La vérité, aussi cruelle et terrifiante qu’elle eût été, venait enfin de libérer les vivants du poison des morts.