« Le premier point à l’ordre du jour, déclara Raffaele d’une voix implacable, est la révocation immédiate et sans indemnité de Delia Bellandi et de Charles Wren de toutes leurs fonctions de direction et d’administration au sein du groupe et de ses filiales. »
Il leva la main. « Pour ? »
Instantanément, huit des douze administrateurs levèrent la main. Même les deux anciens alliés de Delia, comprenant que le navire sombrait et qu’ils risquaient d’être entraînés dans le gouffre pénal, levèrent timidement la main à leur tour pour sauver leur peau.
« La résolution est adoptée à l’unanimité des votants, conclut Raffaele. Le second point est le transfert du titre de présidente du conseil de famille à Sofia Bellandi, propriétaire légitime du blason familial par décision du chef de famille. »
Toutes les mains se levèrent à nouveau.
Delia se leva brusquement, faisant grincer violemment les pieds de son fauteuil contre le sol ciré. Ses yeux brûlaient d’une haine impuissante, des larmes de rage ravageant son maquillage parfait.
« Tu le regretteras, Raffaele, cracha-t-elle avec une voix étranglée. Cette fille vous détruira tous ! Vous n’êtes rien d’autre qu’un ramassis de— »
La porte de la salle s’ouvrit sans ménagement. Quatre officiers de la brigade financière en civil, accompagnés de deux carabiniers en grand uniforme, entrèrent d’un pas martial.
Le commissaire principal s’avança, sortant sa carte tricolore.
« Madame Delia Bellandi ? Monsieur Charles Wren ? Par mandat d’arrêt émis par le juge d’instruction près le tribunal de grande instance de Milan, vous êtes placés en état d’arrestation pour abus de biens sociaux, faux en écriture de commerce et tentative de subornation de témoin. Veuillez nous suivre sans opposer de résistance. »
Delia vacilla. Un gendarme s’approcha pour lui passer les menottes aux poignets. Devant les baies vitrées dominant toute la métropole lombarde, la reine déchue de la haute société fut escortée vers la sortie sous les flashs des téléphones de ses anciens obligés.
En passant devant Sofia, Delia s’arrêta une fraction de seconde, le regard fixé sur la broche qui scintillait fièrement sur la poitrine de la jeune femme.
Sofia ne baissa pas les yeux. Elle soutint le regard brisé de son ancienne bourreau avec une dignité sereine, avant de murmurer :
« Souvenez-vous d’où vous venez, Delia. Vous me disiez que ce n’était pas une honte. Vous aurez de nombreuses années en cellule pour y réfléchir. »
Delia fut entraînée vers les ascenseurs dans un silence funèbre.
Une heure plus tard, la salle du conseil s’était vidée. Les avocats s’affairaient dans les couloirs pour finaliser les communiqués de presse et préparer les actions civiles en recouvrement des avoirs volés.
Raffaele se tenait près de l’immense baie vitrée, observant les silhouettes lointaines des Alpes qui se découpaient sur le ciel bleu d’octobre. Il sentit deux mains douces se poser sur ses épaules. Il se retourna et prit Sofia dans ses bras, respirant le parfum délicat de ses cheveux enfin libérés des souillures du passé.
« C’est terminé, murmura-t-il, posant son front contre le sien. Le manoir sera rénové de fond en comble. Nous raserons les vieilles cuisines pour en faire une serre ouverte sur le parc. Plus aucune trace de leur passage ne subsistera. »
Sofia sourit doucement, passant une main sur le revers de sa robe pour effleurer les perles parfaites du bijou familial.
« Rien n’est terminé, Raffaele, répondit-elle avec une étincelle de malice et d’autorité dans la voix. Cela ne fait que commencer. Mais cette fois-ci, c’est nous qui écrivons les règles du jeu. »