J’ai entendu son assistant demander :

« La mère du marié est-elle disponible ? »

Brooke a répondu avant que je puisse bouger.

« Non. Nous avons déjà terminé les photographies familiales. »

Le photographe a semblé surpris.

« Mais nous avons encore une série prévue avec les parents. »

Brooke a souri.

« Nous avons décidé de faire autrement. »

Je me tenais à quelques mètres.

Elle m’avait vue.

Elle savait que j’avais entendu.

Je me suis approchée du photographe.

« Je suis la mère de Daniel. Si vous avez besoin de moi pour une photographie, je suis disponible. »

Il a regardé Brooke, puis moi.

« Bien sûr, madame. »

Brooke a immédiatement protesté.

« Ce n’est pas nécessaire. »

Le photographe a gardé un ton professionnel.

« Le contrat prévoit bien des photographies avec les parents des mariés. »

Elaine s’est interposée.

« Brooke a déjà organisé cela avec nous. »

J’ai regardé les deux femmes.

Puis j’ai remarqué un détail.

Sur la table réservée aux photographies, un cadre argenté était posé.

Il contenait une photographie de Daniel et de son père.

Je l’avais apportée le matin même.

Je voulais qu’elle soit présente pendant la cérémonie.

À côté, il y avait une photographie de Brooke avec ses parents.

Mais la petite plaque commémorative que j’avais commandée pour Robert avait disparu.

Je me suis approchée du cadre.

« Où est passée la plaque ? »

Brooke a répondu sans même me regarder.

« Je l’ai retirée. »

« Pourquoi ? »

« Parce que ce n’est pas un enterrement, Margaret. C’est un mariage. »

Je me suis tournée vers elle.

« Robert était le père de Daniel. Il aurait dû être ici. »

Elle a levé les épaules.

« Nous ne pouvons pas passer notre vie à organiser chaque événement autour d’un homme qui n’est plus là. »

Ces mots ont fait taire les conversations autour de nous.

Daniel venait d’arriver.

Il avait entendu la fin de la phrase.

« Brooke, ça suffit », a-t-il dit.

Elle s’est retournée.

« Quoi ? Je n’ai rien dit de mal. »

Daniel a regardé la photographie de son père.

« C’est mon père. »

Elle a soupiré.

« Je sais, Daniel. Mais aujourd’hui, c’est notre journée. »

Il n’a pas répondu.

Je l’ai observé attentivement.

Pour la première fois, je voyais une hésitation dans ses yeux.

Peut-être commençait-il enfin à comprendre.

À dix-neuf heures, les invités ont été invités à rejoindre leurs places.

La cérémonie devait commencer dans vingt minutes.

Je me trouvais près d’une grande fenêtre donnant sur le jardin de l’hôtel.

J’avais besoin de quelques instants seule.

Mon téléphone a vibré.

Un message venait d’arriver d’une ancienne employée de mon entreprise, Sophie.

Elle travaillait désormais dans une société de gestion événementielle, mais nous étions restées proches.

« Margaret, j’espère que tout va bien. J’ai une question étrange. Brooke m’a contactée il y a trois semaines pour obtenir les coordonnées de certains de nos anciens fournisseurs. Elle m’a dit qu’elle préparait un projet professionnel. Est-ce que vous êtes au courant ? »

J’ai relu le message deux fois.

Puis j’ai répondu :

« Non. Pourquoi ? »

Sa réponse est arrivée rapidement.

« Elle voulait savoir comment reprendre une activité d’organisation de mariages sans avoir à investir beaucoup au départ. Elle a également demandé si votre société avait encore des contrats en cours avec certains hôtels. »

Je me suis figée.

Je savais que Brooke avait toujours admiré mon entreprise.

Elle m’avait souvent dit qu’elle aimait mon travail.

Mais je n’avais jamais imaginé qu’elle cherchait à entrer dans ce secteur.

J’ai demandé à Sophie de m’envoyer les messages si elle les avait conservés.

Puis j’ai rangé mon téléphone.

Je ne voulais pas construire une accusation à partir de simples suppositions.

Mais je commençais à voir se dessiner une histoire beaucoup plus compliquée.

À dix-neuf heures quinze, le maître de cérémonie a annoncé l’arrivée de la mariée.

Les invités se sont levés.

La musique a commencé.

Brooke est apparue au bout de l’allée dans une robe blanche magnifique.

Pendant quelques secondes, la salle entière s’est remplie d’applaudissements.

Daniel se tenait devant l’autel.

Il était beau, mais son visage semblait tendu.

Je me suis levée.

Malgré tout, je voulais assister à cette cérémonie.

Je voulais voir mon fils se marier.

Je voulais croire qu’il existait encore quelque chose à sauver.

Le maître de cérémonie a invité les familles à prendre place.

Je me suis dirigée vers le premier rang.

Mais une femme que je ne connaissais pas m’a barré le passage.

« Excusez-moi, madame. Cette place est réservée. »

J’ai regardé l’étiquette posée sur le siège.

Elle portait le nom de la mère de la mariée.

« Je suis la mère du marié. »

La femme a consulté sa liste.

« Je suis désolée. On m’a demandé de placer les invités selon le nouveau plan. »

J’ai regardé autour de moi.

Elaine était assise au premier rang.

À côté d’elle se trouvaient le père de Brooke et plusieurs membres de sa famille.

Le siège réservé à la mère du marié avait été attribué à une amie de la famille de la mariée.

J’ai senti mes yeux me brûler.

Je n’ai pas pleuré.

Je me suis simplement dirigée vers une place au troisième rang.

Daniel m’a aperçue.

Je l’ai vu tourner légèrement la tête.

Nos regards se sont croisés.

Puis Brooke lui a murmuré quelque chose.

Il s’est retourné vers l’autel.

Et la cérémonie a commencé.

Je ne me souviens pas de toutes les paroles prononcées ce soir-là.

Je me souviens seulement de la voix de Daniel lorsqu’il a promis d’aimer Brooke dans les bons comme dans les mauvais moments.

Je me souviens de ses mains qui tremblaient légèrement lorsqu’il lui a passé la bague au doigt.

Je me souviens du sourire d’Elaine.

Et je me souviens d’avoir pensé que Robert aurait été fier de notre fils.

Lorsque le maître de cérémonie les a déclarés mari et femme, toute la salle s’est levée.