« Qu’est-ce que c’est que ces papiers ? » demanda-t-elle avec mépris.

« Tu te souviens de notre contrat de mariage ? » commença papa, le regard planté dans le sien. « Tu te souviens des conditions que nous avons signées il y a deux ans, avant d’emménager ensemble dans cette maison ? »

Linda pâlit imperceptiblement, mais tenta de garder une contenance arrogante. « Un vulgaire bout de papier sans valeur. Les juges s’en moquent des contrats de séparation de biens quand il y a un foyer commun. »

« Pas celui-ci », répliqua mon père. « Cette maison a été entièrement financée par l’assurance-vie d’Elena, la mère de Jasmine. Le titre de propriété est exclusivement à mon nom et placé sous un mandat de fiducie dont Jasmine est l’unique bénéficiaire en cas de décès. Tu n’as jamais mis un seul centime dans cette propriété. Nous avons signé un accord stipulant qu’en cas de comportement préjudiciable avéré, de faute grave ou de violation délibérée de la propriété privée d’un des membres de la famille, le droit d’occupation accordé au conjoint prendrait fin immédiatement, sans délai de préavis prolongé. »

Linda ricana bruyamment. « Tu vas me mettre à la porte pour un stupide ordinateur ? David, tu délires complètement ! Tu ne ferais jamais ça ! Tu as besoin de moi, qui va s’occuper de la maison ? Qui va gérer tes plannings ? »

« Tu n’as pas seulement vendu un outil de travail, Linda », continua David, sa voix tremblant légèrement sous l’effet d’une douleur contenue. « Tu as violé l’intimité de ma fille. Tu as détruit les souvenirs qu’elle gardait de sa mère. Tu as agi comme une voleuse sous mon propre toit. Et le pire… c’est que tu ne ressens pas le moindre remords. Tu oses me regarder dans les yeux et me dire qu’elle ne compte pas. »

Papa fit glisser les feuilles vers elle.

« Qu’est-ce que c’est ? » murmura-t-elle, sa voix perdant soudainement de son assurance.

« Une demande de dissolution de mariage par consentement mutuel avec renonciation aux prestations compensatoires. Mes avocats l’avaient préparée le mois dernier, quand j’ai commencé à remarquer des disparitions étranges sur nos comptes bancaires et tes mensonges constants. J’hésitais encore. Je voulais croire que nous pouvions former une famille unie, que Tyler pouvait avoir un foyer stable. Je me disais que tu avais juste besoin de temps pour t’adapter. Mais ce matin, tu m’as prouvé qui tu étais réellement : une prédatrice égoïste. »

« Tu ne peux pas faire ça ! » hurla Linda en se levant brusquement, renversant presque sa tasse de thé. « C’est chez moi ! Je ne signerai rien du tout ! Je vais te traîner devant les tribunaux, je vais te prendre la moitié de tout ce que tu possèdes, je vais te ruiner jusqu’au dernier sou ! »

David ne cilla même pas face à son explosion de rage. Il ramassa le stylo et le tapota doucement contre le bois de la table.

« Tu peux essayer, Linda. Mais voyons ce qui se passera si nous allons devant un juge. Premièrement, à qui as-tu vendu l’ordinateur ? »

Elle resta muette, la lèvre tremblante.

« Réponds-moi », intima papa. « À qui l’as-tu vendu ? »

« À… à une boutique de rachat d’occasion sur le boulevard Saint-Martin », finit-elle par balbutier.

« Parfait. Cette boutique enregistre l’identité de chaque vendeur, prend des copies de pièces d’identité et conserve les caméras de surveillance. Ce midi, j’irai là-bas avec la facture d’origine de l’ordinateur, qui porte mon nom et le numéro de série de l’appareil. Je récupérerai l’ordinateur en remboursant le commerçant ou en portant plainte pour vol et recel. Ensuite, la police aura une preuve matérielle irréfutable : ta signature, ton visage sur la vidéo, et l’objet volé appartenant à ma fille majeure. En droit, cela s’appelle un vol aggravé commis au domicile d’un particulier. Tu seras immédiatement poursuivie au pénal. »

Linda commença à respirer plus vite, une sueur froide perlant sur son front. « Tu bluffes… Tu n’oserais jamais faire coffrer la mère de Tyler… »

« Essaie-moi », répondit David sans l’ombre d’une hésitation. « Si tu refuses de signer cette convention de séparation amiable et de quitter cette maison aujourd’hui même, à dix heures tapantes, je dépose plainte au commissariat central. Tu auras un casier judiciaire avant la fin de la semaine. Et dis-moi, Linda… comment conserveras-tu ton emploi à la garderie municipale avec une condamnation pour vol aggravé sur ton casier ? Comment pourras-tu subvenir aux besoins de Tyler quand aucun employeur ne voudra te confier la moindre responsabilité ? »

Le silence qui s’abattit sur la cuisine fut assourdissant.

Toute l’arrogance, toute la superbe de Linda s’effondrèrent d’un coup. Ses épaules s’affaissèrent, son teint devint cireux. Elle réalisa qu’elle n’avait affaire ni à un mari crédule ni à une menace en l’air. David avait anticipé chacun de ses gestes, chaque faille de son comportement. Elle avait poussé le bouchon trop loin, croyant régner sur un homme affaibli par le deuil, sans comprendre que sa priorité absolue et inébranlable avait toujours été, et serait toujours, sa fille.

« Tu… tu es un monstre », cracha-t-elle dans un souffle étranglé, les yeux embués de larmes de rage.

« Non », répliqua papa doucement. « Je suis un père qui a mis trop de temps à ouvrir les yeux. Signe ces papiers, prends tes affaires, prends ton fils, et disparais de nos vies. Je te donne jusqu’à ce soir dix-huit heures pour faire tes valises. À dix-huit heures et une minute, les serrures seront changées par un serrurier. »

Linda fixa le document devant elle. Ses mains tremblaient d’une fureur impuissante. Elle savait qu’elle était piégée, prise à son propre piège de cupidité et de mépris. Elle saisit le stylo d’un geste saccadé et griffonna sa signature au bas de chaque page avec une rage à peine contenue, manquant de déchirer le papier sous la pression.