Claire était partie.

Et Madeleine ne l’avait jamais revue.

— Votre mère… est-elle encore en vie ? demanda Madeleine.

Léa acquiesça.

— Oui. Mais elle est très malade.

La vieille femme porta une main à sa poitrine.

— Où est-elle ?

— À Marseille, chez une amie de la famille. Elle vient de sortir de l’hôpital.

Madeleine essuya une larme.

Léa la regardait sans comprendre.

— Madame ?

La vieille femme prit doucement sa main.

— Je crois que votre mère est ma fille.

Léa resta figée.

— Quoi ?

Madeleine lui montra le pendentif.

— C’est moi qui le lui ai offert pour ses dix-huit ans.

Elle retourna le petit cœur rouge.

L’étoile argentée brillait sous la lumière.

— Je l’avais fait graver spécialement pour elle.

Léa recula légèrement.

— Vous êtes en train de me dire…

Sa voix se brisa.

— Que vous êtes ma grand-mère ?

Madeleine acquiesça lentement.

— Je le crois, ma chérie.

Léa porta une main à sa bouche.

Toute sa vie, sa mère lui avait parlé d’une famille qu’elle ne voyait plus.

Mais elle refusait d’en raconter les détails.

Elle disait seulement :

« Certains silences font plus mal que les disputes. »

À cet instant, des pas retentirent dans le couloir.

Un homme d’une cinquantaine d’années entra.

Costume sombre.

Visage sérieux.

Cheveux grisonnants.

C’était Antoine Beaumont, le fils de Madeleine.

Et le mari de Victoria.

— Maman, tu m’as demandé de venir ?

Madeleine se leva.

— Oui.

Elle désigna Léa.

— Regarde bien cette jeune femme.

Antoine fronça les sourcils.

— Qui est-ce ?

— Elle s’appelle Léa Martin.

Antoine pâlit.

— Martin ?

Madeleine lui tendit le pendentif.

Il le reconnut immédiatement.

— C’est celui de Claire…

Léa sentit ses jambes faiblir.

Antoine regarda la jeune femme.

Puis sa mère.

— Tu crois que…

Madeleine répondit :

— Oui. Je pense que c’est la fille de ta sœur.

Antoine s’assit lentement.

Il avait cherché Claire pendant des années.

Mais sa mère avait toujours refusé d’en parler.

Puis les affaires familiales avaient fini par prendre toute la place.

Et les recherches avaient été abandonnées.

Madeleine prit une inspiration.

— Antoine, il y a quelque chose d’autre que tu dois savoir.

Son fils releva les yeux.

— Quoi ?

— Cette jeune femme vient d’être humiliée puis précipitée dans la piscine.

Le visage d’Antoine se durcit.

— Par qui ?

Madeleine resta silencieuse une seconde.

Puis répondit :

— Victoria.

Antoine se leva brusquement.

— Ma femme ?

Madeleine acquiesça.

— Plusieurs invités ont vu la confrontation. Il faudra établir exactement ce qui s’est passé.

Antoine passa une main sur son visage.

— Mon Dieu…

Mais Madeleine n’avait pas terminé.

— Et je veux que tu comprennes une chose.

Elle regarda son fils.

— Même si Léa n’était pas de notre famille, ce qui lui est arrivé serait tout aussi inacceptable.

Antoine acquiesça lentement.

— Tu as raison.

La vieille femme se tourna vers Léa.

— Maintenant, ma petite, nous allons d’abord nous assurer que vous allez bien.

Puis elle ajouta, la voix tremblante :

— Ensuite… j’aimerais retrouver votre mère.

PARTIE 3 — LA SERVEUSE QUE LA MILLIONNAIRE A APPELÉE « MA PETITE-FILLE »
Le lendemain, Madeleine Beaumont prit la route de Marseille avec Antoine.

Léa les accompagnait.

Pendant le trajet, personne ne parla beaucoup.

Madeleine contemplait le pendentif rouge.

Elle ne cessait de penser à la dernière fois où elle avait vu Claire.

Sa fille portait une robe bleue.

Elle pleurait.

Et Madeleine, aveuglée par son orgueil, lui avait fermé la porte.

Vingt-six ans.

Vingt-six années pendant lesquelles elle n’avait pas connu les joies, les épreuves et les chagrins de sa propre fille.

Et aujourd’hui, elle allait peut-être la retrouver.

La voiture s’arrêta devant un petit immeuble.

Léa conduisit Madeleine jusqu’au deuxième étage.

Elle ouvrit la porte.

Dans le salon, une femme de quarante-six ans reposait sur un canapé.

Ses cheveux châtains étaient attachés derrière la tête.

Son visage était amaigri.

Mais ses yeux étaient encore lumineux.

— Maman ?

Claire tourna la tête.

— Léa ?

Puis elle aperçut la vieille femme derrière sa fille.

Son visage changea.

— Maman…

Madeleine porta une main à sa bouche.

— Claire !

Elle s’approcha lentement.

Claire resta immobile.

Ses yeux se remplirent de larmes.

— Tu es venue…

Madeleine s’agenouilla près du canapé.

Elle prit les mains de sa fille.

— Pardonne-moi.

Claire baissa les yeux.

— Après tout ce temps ?

Madeleine acquiesça.

— Je sais que j’arrive beaucoup trop tard.

Sa voix se brisa.

— Mais je ne veux plus perdre une seule journée.

Claire se mit à pleurer.

Elle avait imaginé cette scène des centaines de fois.

Parfois avec colère.

Parfois avec espoir.

Mais jamais elle n’avait cru que sa mère se présenterait réellement devant elle.

Antoine s’approcha.

— Claire…

Sa sœur le regarda.

— Antoine ?

Il sourit tristement.

— C’est moi.

Claire ouvrit les bras.

Il s’agenouilla à son tour pour l’embrasser.

Léa observait la scène, bouleversée.

Pour la première fois, elle voyait sa mère entourée des personnes dont elle avait tant souffert d’être séparée.

Madeleine se retourna vers elle.

— Viens, ma chérie.

Léa hésita.

Puis s’approcha.

Claire prit la main de sa fille.

— Tu vois, Léa ?

Sa voix trembla.

— Parfois, les chemins que l’on croit fermés finissent par se rouvrir.

Mais les retrouvailles ne firent pas disparaître les conséquences de la soirée.

Quelques jours plus tard, Antoine demanda à rencontrer Victoria.

Ils s’assirent dans son bureau.

— Je veux comprendre ce qui s’est passé au bord de la piscine, déclara-t-il.

Victoria soupira.

— Encore cette histoire ?

Antoine resta calme.

— Oui.

— Elle a trébuché !

— Plusieurs personnes disent qu’il y a eu une confrontation physique juste avant sa chute.

Victoria détourna les yeux.

— Je voulais seulement qu’elle se lève.

Antoine fronça les sourcils.

— Tu l’as touchée ?

Un silence.

Puis Victoria murmura :

— J’ai attrapé son bras.

Antoine ferma les yeux.

— Pourquoi ?