PARTIE 1 — LA SERVEUSE JETÉE DANS LA PISCINE
— Ramasse ça tout de suite ! Quelle maladroite !

La voix de Victoria Delcourt claqua au milieu de la réception.

Une cinquantaine d’invités se retournèrent.

Dans le jardin illuminé d’une somptueuse villa de Cannes, une jeune serveuse de vingt-quatre ans était agenouillée au bord d’une immense piscine turquoise.

Elle s’appelait Léa Martin.

Ses cheveux bruns étaient soigneusement attachés en un chignon bas.

Elle portait une robe de service gris anthracite, un col blanc, des manchettes blanches et un tablier crème noué autour de la taille.

Devant elle, un plateau en argent reposait sur les dalles.

À côté se trouvaient un téléphone noir et un petit objet rouge.

Léa ramassait les affaires d’une main tremblante.

— Je suis désolée, madame…

Victoria, quarante-trois ans, la dominait de toute sa hauteur.

Elle portait une longue robe de soirée bordeaux sans manches.

Ses cheveux bruns tombaient en vagues élégantes sur ses épaules.

— Désolée ? Tu crois que cela suffit ?

Léa baissa les yeux.

— Je n’ai pas fait exprès de faire tomber le plateau.

Victoria ricana.

— Les filles comme toi ont toujours une excuse.

Plusieurs invités observaient sans intervenir.

Certains détournaient les yeux.

D’autres échangeaient des sourires embarrassés.

Léa sentit les larmes lui monter aux yeux.

C’était son premier soir dans cette villa.

Elle avait accepté cette mission pour payer les dernières factures médicales de sa mère.

Elle ne pouvait pas se permettre de perdre son emploi.

— Attendez… qu’est-ce qui s’est passé ici ?

Une voix âgée venait de s’élever derrière elles.

Les invités s’écartèrent.

Madeleine Beaumont, quatre-vingt-deux ans, s’approchait lentement.

Elle portait un élégant tailleur bordeaux foncé, un collier de perles et de petites boucles d’oreilles assorties.

Ses cheveux argentés étaient parfaitement coiffés.

Son visage sévère inspirait immédiatement le respect.

Madeleine était la propriétaire de la villa.

Fondatrice d’un groupe hôtelier prestigieux, elle avait bâti une immense fortune au cours de sa vie.

Victoria était sa belle-fille.

Et depuis plusieurs mois, les deux femmes entretenaient des relations tendues.

Madeleine s’arrêta devant Léa.

Puis se pencha doucement.

— Ma petite, relevez la tête.

Léa obéit.

La vieille femme lui prit les mains.

Elle observa son visage.

Ses yeux.

Puis le petit objet rouge posé près du plateau.

Une expression étrange traversa son regard.

— Comment vous appelez-vous ?

— Léa Martin, madame.

Madeleine se figea légèrement.

— Martin ?

— Oui.

La vieille femme sembla vouloir poser une autre question.

Mais Victoria intervint brutalement.

— Madeleine, ne perdez pas votre temps avec cette employée !

Madeleine redressa la tête.

— Victoria, je vous parle dans un instant.

La brunette serra les mâchoires.

Elle détestait que sa belle-mère lui donne des ordres devant les invités.

Léa tenta d’expliquer :

— Madame… je n’ai rien fait, je vous assure !

Victoria éclata.

— Tu insinues que je mens ?

— Non, madame…

— Alors lève-toi et disparais !

Léa essaya de se relever.

Victoria s’avança brusquement.

Un mouvement rapide.

Une main tendue vers son bras.

Léa recula pour éviter le contact.

Mais ses talons se trouvaient déjà trop près du bord.

Elle perdit l’équilibre.

— Attention !

Le cri de Madeleine arriva trop tard.

Léa bascula dans la piscine.

Un énorme bruit d’eau retentit.

Les invités poussèrent des exclamations.

Quelques secondes plus tard, la jeune femme refit surface.

Son uniforme était complètement trempé.

Ses cheveux noirs collaient à son visage.

Elle s’agrippa aux pierres du bord.

— Pourquoi vous m’avez fait ça ?

Sa voix tremblait.

Victoria resta immobile.

— Je ne l’ai pas touchée !

Madeleine regarda la jeune serveuse.

Puis sa belle-fille.

Son visage se durcit.

Elle fit signe à un employé.

— Aidez immédiatement cette jeune femme à sortir.

Puis elle se dirigea vers le salon.

Elle sortit son téléphone.

Composa un numéro.

Et prononça d’une voix glaciale :

— Venez immédiatement. Il faut que vous voyiez ça.

Victoria la suivit du regard.

Pour la première fois de la soirée, elle sembla inquiète.

Car elle savait une chose.

Lorsque Madeleine Beaumont passait un appel sur ce ton, quelqu’un allait devoir répondre de ses actes.

PARTIE 2 — LE PETIT OBJET ROUGE QUE MADELEINE A RECONNU
Dix minutes plus tard, Léa était assise dans une petite pièce de service.

Une employée lui avait apporté des serviettes.

Sa robe grise était toujours humide.

Ses mains tremblaient.

Elle regardait ses chaussures trempées.

Elle avait honte.

Pas parce qu’elle était tombée.

Mais parce que des dizaines de personnes l’avaient vue humiliée sans lui tendre la main.

On frappa doucement à la porte.

— Entrez, murmura-t-elle.

Madeleine Beaumont apparut.

Elle portait toujours son tailleur bordeaux.

Dans sa main se trouvait le petit objet rouge tombé près du plateau.

— Léa ?

La jeune femme se leva immédiatement.

— Madame Beaumont, je suis désolée pour ce qui s’est passé…

Madeleine leva doucement la main.

— Vous n’avez pas à vous excuser.

Elle s’assit près d’elle.

Puis ouvrit sa paume.

Le petit objet rouge était un ancien pendentif en forme de cœur, recouvert d’émail légèrement écaillé.

Une minuscule étoile argentée était gravée au dos.

— Où avez-vous trouvé ceci ?

Léa baissa les yeux.

— Il appartenait à ma mère.

Madeleine sentit son cœur accélérer.

— Comment s’appelle-t-elle ?

— Claire Martin.

La vieille femme devint livide.

— Claire…

Elle répéta ce prénom comme si elle ne l’avait pas prononcé depuis des années.

Léa fronça les sourcils.

— Vous la connaissez ?

Madeleine ferma les yeux.

Vingt-six ans auparavant, elle avait eu une fille.

Claire Beaumont.

Une jeune femme sensible, passionnée de musique, qui refusait les mondanités et les ambitions familiales.

À vingt ans, Claire était tombée amoureuse d’un jeune homme modeste.

Son nom était Thomas Martin.

Madeleine avait désapprouvé cette relation.

Elle voulait pour sa fille une existence prestigieuse.

Un mariage avantageux.

Une vie correspondant au rang de la famille.

Le soir de leur dernière dispute, elle lui avait lancé des paroles terribles.

« Si tu choisis cet homme, ne reviens plus jamais me demander quoi que ce soit ! »