Léo hocha lentement la tête.

« Moi non plus. »

Ils restèrent silencieux.

À travers la vitre, les voitures passaient.

Des gens pressés.

Des vies invisibles.

Des problèmes qu’on ne pouvait pas deviner.

Léo pensa à Henri.

Au portefeuille vide.

Au téléphone noir.

À la voix soudainement ferme.

Ici Henri Delacroix.

Dites-leur que j’ai pris ma décision.

À dix-neuf ans, Léo avait cru que cette décision concernait seulement une entreprise.

Cinq ans plus tard, il comprenait qu’elle concernait autre chose.

Henri avait décidé quel genre d’homme il voulait être avant de ne plus avoir le temps de changer.

Et sans le savoir, Léo avait fait la même chose ce soir-là.

Il avait choisi de rester près d’une table quand partir aurait été plus facile.

Il avait perdu son travail.

Puis il avait gagné une direction.

Pas parce qu’un homme puissant l’avait récompensé.

Mais parce qu’un petit geste avait révélé quelque chose qu’il ignorait encore sur lui-même.

Claire se leva.

« Je ferme dans dix minutes. »

« D’accord. »

Elle repartit.

Léo regarda le verre d’eau.

Puis la plaque.

On ne sait jamais qui a simplement besoin d’un verre d’eau.

Il sourit.

La phrase était vraie.

Mais Henri lui avait appris une version encore plus importante.

On ne devrait jamais avoir besoin de savoir qui est quelqu’un avant de décider qu’il mérite notre respect.

Léo se leva.

Il remit sa veste.

Avant de partir, il regarda la table une dernière fois.

Elle resterait là.

Pas comme un monument.

Pas comme un sanctuaire.

Juste comme une table.

Un endroit où quelqu’un pouvait s’asseoir.

Fatigué.

Seul.

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Sans assez d’argent.

Et où, avec un peu de chance, quelqu’un finirait toujours par s’arrêter.