D’un geste d’une lenteur royale, elle détacha l’alliance d’or et de diamants qu’il lui avait passée au doigt quelques heures plus tôt. Elle la tint suspendue au-dessus du bassin de la fontaine, entre le pouce et l’index. Le métal étincela une dernière fois sous les feux des lustres en cristal.

Puis elle desserra les doigts.

Un ploc minuscule, presque inaudible, résonna dans le silence de mort qui régnait sur la salle. L’anneau coula au fond de l’eau claire, parmi les pièces de monnaie jetées par les touristes lors des jours de visite.

Éléonore ne jeta pas un seul regard en arrière. Elle ramassa d’une main ferme les pans alourdis de sa robe trempée, soulevant l’étoffe avec une dignité souveraine. Ses talons claquèrent sur le marbre avec la régularité d’un compte à rebours. Elle traversa la grande allée centrale bordée de fleurs blanches, sous les yeux pétrifiés de trois cents personnes incapables d’esquisser le moindre geste.

Lorsqu’elle atteignit les grandes portes d’honneur, les deux gardes du domaine les ouvrirent à deux battants devant elle, s’inclinant profondément sur son passage.

Dehors, la nuit était fraîche, parfumée par les pins maritimes et les embruns venus de la baie. Une longue berline noire l’attendait déjà au pied du perron, le moteur tournant au ralenti. Un chauffeur en livrée descendit aussitôt pour lui ouvrir la portière.

Avant de monter dans le véhicule, Éléonore s’arrêta un instant sur les marches de pierre. Le vent du large souleva ses cheveux humides, séchant les dernières traces de l’eau du bassin sur ses tempes. Elle contempla la façade illuminée du château, cette cage dorée où l’on avait cru pouvoir briser son orgueil par un rire de meute.

Elle monta à l’arrière de la berline. Le chauffeur referma la portière d’un coup feutré, étouffant pour toujours les échos de la fête mourante.

— Où allons-nous, mademoiselle ? demanda l’homme en ajustant son rétroviseur.

Éléonore s’enfonça contre le cuir souple du siège, posa la main sur le dossier de cuir noir, et contempla la route qui s’ouvrait devant elle dans les ténèbres lumineuses de la côte.

— Au port, François, répondit-elle d’une voix sereine et inébranlable. Les bureaux s’ouvrent à minuit. Nous avons un empire à reprendre.