— Aucune lésion interne, confirma le médecin avec un sourire bienveillant. Le fœtus est vigoureux, son rythme cardiaque est parfaitement régulier. Mademoiselle a juste besoin de repos et d’un cataplasme pour l’hématome.
Kiora poussa un long soupir de soulagement, posant à nouveau sa main sur son ventre, les yeux embués de larmes douces cette fois. Elle leva les yeux vers l’homme aux cheveux argentés qui se tenait debout près de la portière, attentif au moindre souffle d’air, au moindre passant, fidèle à son serment d’une vie entière.
— Mercer, dit-elle d’une voix émue. Mon père savait que vous seriez là ?
L’homme esquissa, pour la première fois de la journée, l’ombre d’un sourire discret au coin de ses lèvres burinées.
— Votre père savait surtout que la véritable richesse ne réside pas dans les comptes bancaires qu’on laisse derrière soi, mademoiselle Kiora. Elle réside dans la loyauté de ceux qu’on a aimés et respectés. Il m’a sauvé la vie autrefois ; aujourd’hui, j’ai simplement veillé sur la sienne à travers vous.
Il referma la portière avec précaution, monta à l’avant aux côtés du chauffeur et donna l’ordre de démarrer. Alors que la berline s’éloignait sur les grands boulevards de la ville, laissant derrière elle les ombres froides du tribunal et les intrigues viles de ceux qui croyaient pouvoir tout acheter, Kiora regarda défiler les lumières de la ville.
Elle n’était plus la fugitive traquée dans la pénombre. Elle était désormais maîtresse de son destin, protégée par le serment indéfectible d’un veilleur d’élite, et prête à bâtir pour son enfant l’avenir lumineux que la perfidie des hommes avait si longtemps tenté d’éteindre.