Le président du tribunal frappa de son marteau avec une force retentissante.
« Vu la gravité exceptionnelle des faits nouvellement révélés, la cour ordonne le placement immédiat sous mandat de dépôt criminel de madame Monica Valmont sous les chefs d’accusation d’assassinat avec actes de barbarie, tentative d’assassinat sur mineure de moins de quinze ans, usurpation et tentative d’escroquerie au jugement. L’audience préliminaire est levée. »
Tandis que deux policiers colossaux saisissaient Monica par les bras pour la forcer à quitter la salle, elle commença à se débattre comme une bête traquée, crachant des insultes hystériques, ses talons griffant le parquet ciré, son élégance artificielle volant en éclats sous le regard impitoyable des caméras de presse.
Six mois s’étaient écoulés.
Le printemps baignait la villa Carrington d’une lumière douce et dorée. Les magnolias du jardin étaient en pleine floraison, libérant un parfum délicat de vanille et de terre fraîche qui embaumait toute la terrasse.
Le bassin de la piscine avait été entièrement comblé et réaménagé au cours de l’hiver. À la place de l’eau chlorée et des dalles froides s’étendait désormais un magnifique jardin d’hiver planté de massifs de roses anciennes, d’allées en briques patinées et d’un bosquet d’arbres fruitiers où nichaient des dizaines d’oiseaux chanteurs.
Assise sur une balançoire en fer forgé sous le grand magnolia, la petite Grace riait aux éclats, vêtue d’une robe d’été jaune soleil. Ses joues avaient repris leurs couleurs éclatantes et ses yeux brillaient d’une joie insouciante.
À côté d’elle, Rosa Delgado disposait sur une table basse en osier des verres de limonade fraîche et des biscuits sablés encore tièdes. Rosa ne portait plus son tablier d’uniforme. Par testament moral et décision juridique irrévocable de Ryan, la gouvernante avait été nommée tutrice légale suppléante de Grace et directrice de la toute nouvelle Fondation Claire-Carrington, dotée de plusieurs millions d’euros pour venir en aide aux enfants orphelins et aux victimes de violences domestiques.
Ryan s’approcha lentement, les mains dans les poches de son pantalon en toile, un sourire apaisé aux lèvres. Il tenait dans sa main droite un nouvel encadrement en bois d’olivier poli.
À l’intérieur, la photographie sous le magnolia avait retrouvé sa place. Bien que le papier ait conservé une très légère ondulation aux coins, souvenir imperceptible de son court passage dans l’eau, le sourire lumineux de Claire était intact, éclatant sous la lumière du jour.
« Tiens, mon trésor », dit doucement Ryan en tendant le cadre à sa fille.
Grace prit l’objet entre ses petites mains délicates, avec un respect religieux, puis le serra fort contre son cœur avant de lever les yeux vers son père.
« Maman est toujours là, n’est-ce pas papa ? Dans les fleurs ? »
Ryan s’accroupit à sa hauteur et embrassa tendrement le front de sa fille, sentant enfin le poids écrasant de la culpabilité et du deuil quitter ses épaules pour toujours.
« Elle n’est jamais partie, mon ange. Et personne ne pourra plus jamais nous l’enlever. »
Une brise tiède fit frémir les branches du magnolia, laissant tomber une pluie de pétales blancs et pourpres sur les dalles de pierre, tandis que le rire clair de Grace s’élevait dans l’air pur du matin, effaçant à jamais le souvenir de l’eau sombre.