Elle a hoché la tête, vaincue par la justesse implacable de mes paroles. Elle a essuyé sa joue du revers de sa manche, a fait un pas en arrière et a murmuré :
— Prends soin de toi, Maman.
— C’est ce que je fais désormais, ma fille. Chaque jour que Dieu fait.
J’ai refermé la porte, sans précipitation, sans colère, avec la sérénité tranquille d’une femme qui a reconquis le droit d’être maîtresse en sa demeure.
Je suis retournée m’asseoir dans le salon baigné de soleil. Sur la table basse, une assiette de raisins fraîchement lavés brillait sous la lumière printanière. J’en ai pris un, croquant la chair ferme et sucrée, savourant pour la première fois depuis des années le goût pur, inestimable et inaltérable de la liberté.