Je m’assis dans mon fauteuil à oreilles préféré, une tasse de tisane au tilleul fumante entre les mains. Les nouvelles arrivèrent très vite par un appel téléphonique de Maître Vaneau le lendemain matin : le cabinet d’architecture de Pierre, déjà asphyxié par un train de vie flamboyant et déraisonnable, n’avait pas survécu vingt-quatre heures au gel de ses actifs financiers. Éléonore, découvrant que son mari n’était plus l’héritier doré d’un domaine historique mais un débiteur ruiné, avait entamé une procédure de divorce dès son retour à la capitale, emportant ce qu’elle pouvait avant la venue des commissaires de justice. Pierre se retrouvait seul, hébergé dans une modeste chambre de banlieue, contraint de repartir de zéro comme simple dessinateur salarié pour rembourser chaque centime de la dette maternelle.

Parfois, lorsque le vent d’ouest fait gémir les vieilles fenêtres à croisillons, mon cœur de mère saigne encore un peu pour l’enfant qu’il a été, pour ce petit garçon aux genoux écorchés qui courait jadis dans les allées de buis en me tendant des bouquets de violettes. Mais je sais désormais que certaines leçons de vie ne s’apprennent que dans le dépouillement le plus total.

Le vieux pavillon en tuffeau n’a jamais été aussi beau. Au printemps prochain, les rosiers grimpants fleuriront de nouveau le long de la façade blanche, plus vigoureux que jamais, nourris par une terre que personne, plus jamais, ne viendra profaner.