« Je ne tolère jamais les escrocs dans mes entreprises. Et je ne confie jamais l’argent de mes salariés à des personnes dont le jugement est aussi corrompu que l’âme. »

Victoria chancela en arrière. Ses genoux semblèrent se dérober. Elle se tourna vers Christian Vaneck pour chercher de l’aide, mais ce dernier avait déjà baissé la tête vers le sol, accablé par l’arrivée imminente des officiers de police financière qui attendaient déjà au rez-de-chaussée de la tour.

« Vous êtes révoquée de ce conseil avec effet immédiat, mademoiselle Delorme, ajouta Diane en désignant la sortie d’un geste calme et ferme. Les agents de sécurité vous attendent dans le couloir pour escorter votre départ et récupérer vos accès magnétiques. Tout ce qui se trouve dans vos bureaux est désormais sous main de justice. »

Victoria regarda Laurent une dernière fois. Elle chercha une lueur de vanité, un sourire narquois, une marque de revanche personnelle sur laquelle elle aurait pu s’appuyer pour protester. Mais il n’y avait rien. Rien qu’un vide immense, une indifférence souveraine qui la renvoyait avec une brutalité absolue à sa propre insignifiance.

Elle comprit, avec une clarté dévastatrice, l’immensité de son erreur. Pour avoir voulu humilier un homme dont elle ignorait tout, pour avoir confondu la modestie avec la faiblesse et l’apparence avec le pouvoir réel, elle venait de détruire en un instant l’empire factice qu’elle avait mis dix ans à bâtir sur des mensonges.

La tête basse, le dos courbé sous le poids de la honte et du désastre, Victoria Delorme quitta la salle du conseil. Le claquement solitaire de ses talons sur le marbre n’avait plus rien de l’assurance hautaine de la veille : c’était le bruit sourd d’une fuite sans retour.

Lorsque les lourdes portes se refermèrent derrière elle, Laurent se tourna vers Diane. Leurs regards se croisèrent, complices, scellant le début d’une ère nouvelle fondée non sur le vernis trompeur des apparences, mais sur la solidité inaltérable de la vérité.

« Bien, dit Laurent en se redressant, la voix claire et résolue. Maintenant que les imposteurs ont quitté la table, mettons-nous au travail. »