Daniel sans cheveux gris.

Souriant.

Une famille.

Une vraie.

Cela lui fit mal d’une façon inattendue.

« Qu’est-ce qui s’est passé ? »

Daniel regarda par la fenêtre.

« J’ai été arrêté. »

Dany releva les yeux.

« Arrêté ? »

« Pour vol de voitures. »

Elle se raidit.

Daniel continua avant qu’elle ne parle.

« J’étais innocent. »

Dany eut un rire amer.

« Bien sûr. »

Daniel ne proteste pas.

« Tu as le droit de penser ça. »

Il expliqua.

Le garage où il travaillait servait de façade à un réseau de véhicules volés.

Le propriétaire, Serge Maret, modifiait des numéros de châssis et revendait des pièces.

Daniel avait découvert quelque chose.

Il avait menacé de parler.

Une semaine plus tard, la police avait trouvé dans son casier des clés et des documents liés à plusieurs véhicules.

Il avait été inculpé.

« Vous êtes allé en prison ? »

« Huit mois en détention provisoire. »

« Et après ? »

« Relaxé. »

Dany fronça les sourcils.

« Seulement huit mois ? »

« Le réseau a été démantelé. Un autre employé a parlé. »

Daniel serre les dents.

« Mais huit mois, c’est long quand tu as une femme et une fille de deux ans. »

« Maman est partie ? »

Daniel hocha la tête.

« Elle avait peur. »

« De vous ? »

« Je ne sais pas. »

Puis il ajouta :

« Peut-être. »

Dany regarda la photo.

« Vous n’avez pas essayé de me retrouver ? »

La question était calme.

Mais elle détruisit quelque chose dans le visage de Daniel.

« Pendant dix-neuf ans. »

Dany le regarda.

« Quoi ? »

Daniel sortit une vieille enveloppe pliée de sa veste.

Il l’ouvrit.

À l’intérieur, plusieurs feuilles.

Photocopies.

Courriers.

Dany en prit une.

Claire Martin.

Adresse inconnue.

Courrier retourné.

Une autre.

Demande d’information.

Une autre.

Avocat.

Une autre.

Recherche administrative.

« J’ai cherché. »

Dany lisait.

« Votre mère a changé de nom pendant un temps. »

« Pour quoi ? »

« Morel. Le nom de son beau-père. »

Dany leva la tête.

C’était vrai.

Sa mère avait parfois utilisé Morel.

Dany l’avait toujours associé à une histoire de papiers.

Daniel poursuit.

« Elle est partie à Lille. Puis à Tours. Puis Paris. »

« Vous saviez que j’étais vivante ? »

Il eut un rire triste.

« J’espérais. »

Dany pose les feuilles.

« Et les chaînes ? »

Daniel les prit.

« Elles appartenaient à ma mère. »

Dany regarda.

« Ma grand-mère ? »

« Ta grand-mère paternelle. »

Il retourna un médaillon.

À l’intérieur, presque effacé, deux initiales.

DC

Daniel Caron.

Puis l’autre.

CC

Claire Caron.

« On n’était pas mariés. Mais ma mère nous les avait données quand tu es née. »

Dany sentit une nouvelle douleur.

« Alors maman savait qu’elles pouvaient me conduire à vous. »

« Oui. »

« Pourquoi les garder ? »

Daniel secoua la tête.

« Je ne sais pas. »

Dany sentit les larmes venir.

« Elle est morte il y a deux ans. »

Daniel leva brusquement les yeux.

« Claire est morte ? »

Dany hocha la tête.

Daniel resta sans voix.

” Cancer. “

Il se pencha.

Ses mains tremblèrent.

« Je ne savais pas. »

Dany observa sa douleur.

Elle comprit qu’il l’avait aimée.

Peut-être encore.

Cela compliquait tout.

« Elle n’a jamais parlé de vous. »

Daniel fixa la table.

« Peut-être qu’elle me détestait. »

« Vous lui en voulez ? »

Il réfléchit longtemps.

« Aujourd’hui ? »

Il regarda Dany.

« Non. »

Elle fronça les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Parce qu’elle est morte et toi tu es là. »

Dany ne s’attendait pas à cette réponse.

Daniel poursuit.

« Je pourrais passer le reste de ma vie à juger les décisions qu’elle a prises à vingt-trois ans quand elle avait peur. »

« Ça ne me rendra pas les années. »

Dany regarda ses mains.

« À moi non plus. »

Ils restèrent silencieux.

Puis Dany demanda :

« Pourquoi le tatouage ? »

Daniel regarda son bras.

« Tu avais deux ans. »

Il sourit.

« Tu avais écrit ton prénom sur un mur avec un feutre rouge. »

Dany eut presque un rire.

« Et ? »

« Claire était furieuse. »

« Moi, j’ai trouvé ça magnifique. »

« Alors je l’ai fait tatouer. »

Dany secoua la tête.

« C’est idiot. »

« Oui. »

Pour la première fois, elle sourit.

Puis quelque chose lui revint.

Vanessa.

« Je dois aller au commissariat pour la plainte. »

Daniel hocha la tête.

« Je t’accompagne. »

Dany se raidit.

« Non. »

Il comprit.

« D’accord. »

Elle récupéra ses béquilles.

Se leva lentement.

Daniel reste assis.

Il ne voulut pas s’imposer.

Dany fit deux pas.

Puis se retourna.

« Vous habitez où ? »

Daniel releva les yeux.

« Montreuil. »

Dany est surprise.

« Moi aussi. »

Daniel eut un sourire triste.

« Je sais maintenant. »

Elle fronça les sourcils.

« Vous avez vérifié ? »

« Après ton nom complet au commissariat. »

Dany hésita.

Puis :

« Donnez-moi votre numéro. »

Daniel ne bougea pas pendant une seconde.

Comme s’il avait peur qu’un geste trop rapide casse le moment.

Puis il écrivit son numéro sur une serviette.

Dany la prit.

« Je n’ai rien promis. »

« Je sais. »

Elle partit.

Daniel resta seul.

Les deux tasses encore pleines.

Et pour la première fois depuis dix-neuf ans, il savait exactement où trouver sa fille.

Le problème était que la retrouver ne signifiait pas encore qu’elle voulait être retrouvée.

PARTIE 3 — CE QUE VANESSA SAVAIT
Dany n’appela pas pendant cinq jours.

Daniel ne la contacta pas.

Pas une fois.

C’était difficile.

Mais il savait que chaque message risquait de ressembler à une revendication.

Père.

Ce mot ne lui appartenait pas encore.