« Le papier d’abord, exigea Malcolm en tendant la main. Lance l’enveloppe sur la table. »

Marco fit un pas en avant, fit mine d’étendre le bras, puis lâcha l’enveloppe par terre, dans une mare d’eau boueuse. « Viens la ramasser toi-même, vieillard. »

Malcolm eut une grimace de fureur. « Tue-le ! » cria-t-il au garde posté derrière Nicholas.

Le coup de feu n’est pas venu de l’homme de main.

Un détonateur sourd claqua depuis l’obscurité des poutrelles supérieures du hangar. La tête du garde explosa en arrière sous l’impact d’une balle perforante tirée par le fusil tactique de Julian. Avant même que le corps ne heurte le béton, une grenade assourdissante lancée depuis une lucarne explosa dans un éclair aveuglant et un bruit de tonnerre.

Malcolm hurla en portant les mains à ses yeux brûlés par le flash. Celeste tomba à la renverse en lâchant son arme.

Dans le chaos, Marco bondit comme une bête fauve. Deux autres gardes surgirent de l’ombre en tirant aveuglément. Marco plongea derrière un conteneur en acier, arma son pistolet et abattit le premier tireur d’une balle en plein cœur. Le second tenta de recharger son fusil, mais Julian, surgissant du flanc est avec la fluidité mortelle d’un fantôme de guerre, lui broya la trachée d’un coup de crosse avant de le plaquer au sol.

« Elena ! Maintenant ! » rugit Marco.

La porte latérale claqua. Elena se précipita à travers le hangar enfumé, insensible aux échos assourdissants des tirs. Elle glissa à genoux sur le béton glacé à côté de la chaise de Nicholas. Ses doigts experts déchirèrent la manche droite du jeune homme.

« Il convulse ! » cria-t-elle, alors que le corps de Nicholas commençait à être secoué de violentes secousses tétaniques. « Ses pupilles sont en mydriase aréactive ! Maintenez son bras gauche, Marco ! »

Marco trancha les colliers de serrage avec sa lame de combat, puis s’agenouilla à ses côtés, plaquant les épaules et le bras tremblant de son frère contre le sol froid. « Je te tiens, Nick. Reste avec moi. Reste avec moi, bon sang ! »

Elena n’hésita pas une fraction de seconde. La veine radiale avait disparu sous la pression artérielle effondrée. Sans paniquer, elle sortit le trocart intra-osseux de sa trousse, repéra d’une pression du pouce la tubérosité tibiale sur la jambe droite de Nicholas, et enfonça l’aiguille dans l’os avec un bruit sec d’écrasement osseux. Nicholas poussa un gémissement guttural, presque inhumain. Elena connecta immédiatement la tubulure et vida les cinquante millilitres de solution de dextrose pure directement dans la moelle osseuse.

« Le pouls remonte, murmura-t-elle après quelques secondes interminables, ses doigts pressés contre la carotide de Nicholas. La tachycardie ralentit. Mais son cerveau a souffert. Il faut l’évacuer immédiatement vers une unité de réanimation neuro-vasculaire. »

« Pas si vite. »

La voix résonna, chevrotante mais tranchante.

À quinze mètres d’eux, Malcolm Whitmore s’était relevé. Son visage était maculé de suie, ses cheveux argentés en désordre, mais il tenait une télécommande industrielle dans sa main gauche et pointait un revolver lourd vers Elena.

Derrière lui, Celeste rampait vers le fond du hangar, terrorisée, ses mains manucurées trempées dans l’huile moteur.

« Les baux ou tout saute, cracha Malcolm, le regard fou d’un homme qui sait que son empire s’effondre. Il y a quatre fûts d’accélérateur chimique sous ce plancher. Donne-moi les documents originaux, Marco, ou nous périssons tous dans ce trou à rats. »

Marco se releva lentement. Il se plaça délibérément entre le canon du revolver de Malcolm et le corps inerte de Nicholas, protégeant également Elena de sa haute stature.

« Tu n’appuieras pas sur ce bouton, Malcolm, dit Marco d’une voix glaciale, dépourvue de toute panique. Parce que tu es un lâche. Tu as passé quarante ans à te cacher derrière des avocats véreux, des conseils d’administration corrompus et des femmes que tu utilisais comme monnaie d’échange. Tu as humilié ma mère ce soir parce que tu savais que tu ne pouvais pas me battre sur les marchés financiers. Tu voulais me briser l’âme pour que je te cède les quais sans combattre. »

« Tais-toi ! » hurla Malcolm, la main tremblant violemment sur la détente. « Tu n’es rien ! Rien d’autre qu’un bâtard de marinier ! »

« Et toi, tu es ruiné, répliqua Marco en faisant un pas en avant. Julian n’a pas seulement sécurisé ce hangar. À vingt-deux heures précises, mes équipes à Manhattan ont racheté la totalité des créances toxiques de Whitmore Holdings auprès des banques suisses. Tu ne possèdes plus une seule action. Tu ne possèdes plus tes villas, ni tes comptes aux îles Caïmans, ni même les boutons de manchette que tu portes. Tu n’es plus un rival d’affaires, Malcolm. Tu n’es qu’un criminel de droit commun en train de kidnapper un infirme dans une décharge. »

Le visage de Malcolm se décomposa. La terreur pure remplaça la fureur dans ses yeux écarquillés. « C’est… c’est impossible. Le marché était fermé… »

« Le marché asiatique ouvre à vingt-deux heures, heure de Boston, répondit Marco d’un ton sans appel. J’ai utilisé l’argent de mon propre mariage pour liquider ta vie. »

Désespéré, Malcolm arma le chien de son arme et braqua le canon droit sur le visage de Marco. « Alors tu meurs avec moi ! »

Avant qu’il ne puisse presser la queue de détente, une ombre jaillit de l’angle mort.

Julian, qui avait glissé le long des passerelles métalliques, s’écrasa sur Malcolm comme une masse de granit. Un coup sec brisa le poignet du vieil homme, envoyant le revolver valser sur le béton. Le détonateur tomba dans une fente d’évacuation d’eau pluviale. Julian projeta l’oligarque déchu contre un pilier de soutien en acier, immobilisant ses bras derrière son dos avec une paire de menottes en acier trempé.

Malcolm gémit de douleur, le visage écrasé contre le métal rouillé. « Celeste… fuis ! » cria-t-il dans un râle.

Mais Celeste n’alla nulle part.