Elle a murmuré tout bas contre mon oreille : « Il veut ce qu’il y a sous la dalle. Si nous descendons et faisons du bruit, il pensera que tu es rentrée par le garage pour cacher les biens ou fuir avec. Il viendra vérifier. C’est en bas, dans le noir, qu’on aura l’avantage. »

J’ai acquiescé d’un simple mouvement de tête. Nous nous sommes faufilées par le couloir technique et avons descendu les marches en béton du sous-sol, marche après marche, retenant chaque souffle.

L’atelier était plongé dans une obscurité presque totale, seulement trouée par un vasistas poussiéreux qui donnait au ras de la terre. Contre le mur du fond reposait l’établi en chêne massif de mon père, entouré d’outils suspendus : scies égoïnes, ciseaux à bois, et une lourde masse de maçon de cinq kilos posée au sol près d’un sac de ciment durci par les années.

Emily s’est emparée d’une barre à mine adossée à l’étagère métallique. Pour ma part, j’ai saisi la masse, son manche en frêne rugueux sous mes paumes moites.

Je me suis approchée du disjoncteur général fixé près de la descente d’escalier. Mes doigts se sont posés sur le levier principal.

« Vance ! » ai-je hurlé de toute la force de mes poumons, brisant le silence de la maison d’une clameur sauvage. « L’argent n’a jamais été sous la dalle ! Il est dans le conduit d’aération du garage ! Descends le chercher si tu le veux, ou je brûle tout ! »

Aussitôt, des pas lourds et précipités ont résonné sur le plancher au-dessus de nos têtes. Une porte a claqué violemment.

J’ai abaissé le levier d’un coup sec.

Toute la maison a été plongée dans le noir absolu.

En haut des marches, la porte du sous-sol s’est ouverte dans un grincement sinistre. Un rayon de lumière blanche, projeté par une puissante lampe torche tactique, a balayé l’escalier avant de plonger vers nous. Vance est apparu, un pistolet automatique au poing, les yeux plissés par l’obscurité soudaine. C’était un colosse aux tempes rasées, le visage balafré par une cicatrice qui lui barrait la lèvre supérieure jusqu’à la mâchoire.

« Petite idiote », a-t-il craché en amorçant sa descente, la lampe braquée devant lui. « Tu crois que jouer à cache-cache va sauver tes gosses ? Si tu bouges, je remonte et j’égorge le petit garçon. »

L’écho de ses menaces n’a pas eu le temps de s’éteindre.

Cachée derrière le renfoncement de la maçonnerie sous les premières marches, Emily a surgi de l’angle mort. De toutes ses forces restantes, ignorant la douleur fulgurante de ses chevilles meurtries, elle a projeté la barre à mine métallique horizontalement contre ses tibias.

Le choc des os contre le fer a résonné avec un bruit sec d’écrasement. Vance a poussé un rugissement rauque, perdant l’équilibre. Son premier tir est parti dans le vide, faisant exploser un pot de peinture sur une étagère dans un vacarme assourdissant. Il a dégringolé les six dernières marches, son arme s’échappant de ses doigts pour aller glisser sous l’établi, invisible dans la pénombre.

Avant même qu’il ne puisse se redresser sur les coudes, j’ai bondi hors de l’ombre. La masse levée à deux mains au-dessus de mon épaule, j’ai abattu le métal lourd non pas sur son crâne, mais sur son bras droit tendu vers l’endroit où son arme avait disparu.

Le craquement du radius a été immédiat, accompagné d’un hurlement de bête blessée. Mais l’homme était un colosse entraîné à la violence. De sa main gauche valide, il a balayé l’espace avec une férocité inouïe, son poing me heurtant de plein fouet à la tempe. J’ai été projetée contre les étagères métalliques qui se sont effondrées sur moi dans un fracas de bidons et de vis éparpillées.

La douleur m’a aveuglée un court instant, des points noirs dansant devant mes yeux. Vance se relevait déjà sur un genou, le visage déformé par une haine pure, crachant du sang sur le ciment frais. Sa main valide fouillait frénétiquement sa poche de veste pour y sortir un long couteau à cran d’arrêt.

« Je vais vous crever toutes les deux », sifflait-il entre ses dents serrées, titubant vers moi avec la lame dépliée. « Et ensuite, je m’occupe des enfants… lentement. »

Il n’a pas vu Emily se redresser derrière lui.

Ramassant la lampe torche tombée au sol, elle l’a allumée directement à deux centimètres de ses yeux, l’aveuglant d’un faisceau aveuglant de mille lumens, tout en lui assénant un violent coup du boîtier métallique sur l’arête du nez. Vance a titubé en arrière, lâchant un juron, portant la main à son visage en sang.

Ce court instant de répit était tout ce dont j’avais besoin.

Rampant hors des décombres de l’étagère, j’ai braqué la buse du spray au gel de poivre droit vers son visage découvert. J’ai pressé la détente continue pendant cinq longues secondes. Le liquide orange et visqueux a recouvert ses yeux, son nez, sa bouche ouverte pour hurler.

L’effet a été foudroyant. Le géant s’est écroulé à quatre pattes sur le sol en béton, suffoquant, se griffant la peau du visage pour tenter d’arracher la substance brûlante, incapable d’ouvrir la moindre paupière, réduit à un amas gémissant de muscles inutiles.

Sans attendre une seconde, Emily a enroulé les cordes qui avaient servi à ses propres supplices autour de ses poignets, tirant sur les nœuds avec une fureur méthodique que des années de terreur avaient forgée en elle. J’ai pris le rouleau de gros adhésif d’atelier et j’ai ceinturé ses jambes jusqu’à ce qu’il ne puisse plus esquisser le moindre mouvement.

Quand le silence est retombé dans l’atelier, seul le sifflement asthmatique de Vance emplissait la pièce.

Emily et moi étions assises par terre, dos à dos contre l’établi de notre père, tremblantes de la tête aux pieds, nos mains mêlées et ensanglantées serrées l’une contre l’autre.

« Maman ? »

La porte en haut de l’escalier venait de s’entrouvrir timidement. Une faible lueur filtrait du salon.