« Victor… pitié… » hoqueta Éléonore, les yeux révulsés, ses ongles professionnels grattant inutilement les poignets puissants de son mari.
Soudain, un détonation assourdissante ébranla la cave.
La fumée de poudre envahit l’air. Victor sursauta, une tache rouge se répandant instantanément sur le flanc droit de son costume sur mesure.
Au sol, couvert de sang, Julien Vance avait réussi à ramasser l’arme de Victor. Le canon fumait encore. Il grimaçait, un œil fermé par le gonflement de sa blessure à la tête, le visage défiguré par une haine pure.
« Personne… ne sort d’ici… vivant, » cracha Vance en réalignant le canon sur le cœur de Victor.
Le temps sembla s’arrêter. Victor, blessé, s’effondra sur un genou, couvrant de son corps le petit Leo qui s’était blotti sous lui. Je me trouvais à trois mètres de Vance, mais je n’avais aucune arme. Éléonore, libérée de la prise de Victor, s’était effondrée au sol, toussant et haletant, incapable de bouger.
Vance posa son doigt sur la détente. Son sourire était celui d’un démon sur le point de tout détruire.
« Adieu, Victor. »
CLIC.
Rien ne se produisit.
Vance fronça les sourcils, paniqué, et actionna frénétiquement la culasse. CLIC. CLIC.
« Enrayée… » murmura-t-il dans un souffle d’incompréhension.
Victor, malgré la balle dans le flanc et la perte rapide de sang, laissa échapper un rire sombre et sanglant.
« C’est un pistolet de sécurité personnalisé, Julien… » cracha Victor. « Empreinte biométrique active sur la poignée. Seule ma main peut libérer le percuteur. Tu as eu de la chance pour le premier coup grâce au résidu de mon empreinte… mais pas pour le second. »
Avant que Vance ne puisse jeter l’arme inutilisable pour lui, je me suis précipitée sur lui avec le morceau de brique le plus proche que j’ai pu attraper par terre. Je l’ai frappé au bras de toutes mes forces. L’arme vola au loin. Vance poussa un hurlement et tenta de se relever, mais je me suis jetée sur lui, le maintenant au sol avec l’énergie du désespoir jusqu’à ce que des bruits de pas lourds et des gyrophares éclairant les fenêtres hautes de la cave n’annoncent l’arrivée des forces d’intervention.
Les enquêteurs privés, n’ayant plus de nouvelles de nous dans le bureau, avaient finalement appelé la police d’État.
Chapitre 4 : Les Cendres et la Lumière
Deux heures plus tard, le domaine des Romano était submergé par les lumières bleues et rouges des véhicules de police et des ambulances. Les rubans jaunes de la scène de crime barraient le grand portail en fer forgé.
Dans la grande cour, Julien Vance et Éléonore Romano étaient conduits vers des fourgons cellulaires distincts, menottés, sous le crépitement des flashs de quelques journalistes locaux déjà avertis. Éléonore ne ressemblait plus du tout à la femme élégante et hautaine qui régnait sur la haute société. Prostrée, les cheveux en bataille, le visage souillé de poussière et de larmes, elle refusait de lever les yeux. Vance, quant à lui, gardait un regard fixe et haineux, sachant que les enregistrements du disque dur, les preuves de tentative de meurtre et le complot financier le condamnaient à finir ses jours derrière les barreaux d’une prison de haute sécurité.
Au dos d’une ambulance, Victor recevait les premiers soins. La balle avait traversé la chair sans toucher d’organe vital ni d’artère majeure, mais il avait perdu beaucoup de sang. Un pansement compressif entourait son torse.
Pourtant, il refusait d’être transporté à l’hôpital avant d’avoir accompli une dernière chose.
Leo était assis à côté de lui, enveloppé dans une lourde couverture de survie dorée. Le petit garçon ne tremblait plus. Dans ses petites mains, il tenait une tasse de chocolat chaud que les secouristes lui avaient donnée.
Je me tenais à quelques pas, n’osant pas m’approcher, submergée par une vague de honte tardive. Si j’avais été plus attentive, si je n’avais pas cru les mensonges d’Éléonore pendant tous ces mois, cet enfant n’aurait pas subi cet enfer.
Victor leva les yeux et croisa mon regard. Il fit un signe de la main, me demandant de m’approcher.
« Hélène, » dit-il d’une voix faible mais profondément sincère. « Venez ici, s’il vous plaît. »
Je me suis avancée, les yeux baissés.
« Monsieur Romano… je suis si désolée, » murmurai-je, les larmes montant enfin à mes yeux. « J’aurais dû voir. J’aurais dû comprendre plus tôt. J’ai commis l’erreur terrible de la croire quand elle me disait qu’il voulait seulement attirer l’attention… Si je n’avais pas cherché cette assiette ce soir… »
Victor tendit sa main valide et saisit doucement la mienne.
« Ne vous accusez pas, Hélène, » dit-il doucement. « Éléonore et Julien étaient des professionnels de la manipulation. Ils ont trompé les experts comptables, les juges, et moi-même—son propre père. Vous êtes la seule à avoir eu le doute salvateur. Vous êtes celle qui a fouillé sous son lit. Vous avez trouvé cette assiette. Et ce soir, dans cette cave, vous nous avez sauvé la vie. Sans vous, Leo ne serait plus là. »
Le petit Leo posa sa tasse de chocolat, se leva de l’ambulance et vint se blottir contre moi, entourant mes tailles de ses petits bras.
« Merci, Hélène, » chuchota-t-il contre mon manteau. « Merci de m’avoir cru. »
À cet instant précis, le poids immense qui compressait ma poitrine depuis des semaines s’évapora enfin, remplacé par un sentiment de protection absolue.
Chapitre 5 : Une Nouvelle Aube
Six mois plus tard.
Le procès de Julien Vance et d’Éléonore avait fait le tour de la presse nationale. Les enregistrements audio du disque dur, révélant la cruauté systématique et la préméditation du complot, n’avaient laissé aucune chance à la défense. Éléonore fut condamnée à vingt-cinq ans de réclusion criminelle pour maltraitance aggravée sur mineur et tentative d’assassinat. Vance, accumulant les chefs d’accusation de haute fraude financière, blanchiment et tentative de meurtre, écopa de la réclusion à perpétuité.