« Ils sont déjà là, murmura Caleb en déverrouillant la sécurité de son pistolet automatique. »

« Ils ont pris de l’avance, constata Nora avec un calme chirurgical. Ils savaient que le terminal de secours se trouvait ici. Allons-y par les soupiraux de la cave à vin. Nous aurons l’avantage du terrain. »

Se glissant sous l’averse battante, les deux militaires contournèrent la façade est du manoir avec une discrétion absolue, profitant du fracas du tonnerre pour couvrir leurs bruits de pas. Nora brisa le loquet d’une lucarne basse et se laissa glisser dans l’obscurité fraîche des caves. Caleb la suivit comme une ombre.

L’air sentait la poussière, le vieux chêne et la terre humide. Mais bientôt, une odeur âcre de tabac blond et d’ozone vint frapper leurs narines. Plus loin dans les galeries voûtées, des voix se faisaient entendre.

« Dépêche-toi, vieille folle ! crachait une voix d’homme avec un accent rugueux d’Europe de l’Est. Le logiciel demande la troisième clé biométrique. Si tu ne l’as pas, tout saute à minuit ! »

« Je vous ai dit qu’Alexandre gardait la clé usb de sécurité dans le coffre mural derrière les armoiries ! répondait la voix suraiguë et paniquée d’Hélène. J’ai le code du coffre, mais le scanner d’empreinte refuse de s’ouvrir ! »

« Alors tu ferais bien de trouver une solution rapide, reprit l’homme avec une froideur menaçante. Parce que si nous repartons les mains vides, M. Novak ne se contentera pas de saisir tes propriétés. Tu finiras au fond du fleuve avec une chaîne aux pieds. »

Nora fit un signe de la main à Caleb : deux doigts levés pour indiquer deux cibles visibles, un mouvement circulaire pour explorer les angles morts. Caleb acquiesça, se positionnant derrière une rangée de fûts centenaires.

Au centre de l’ancienne crypte transformée par le général en salle des opérations secrète, un terminal militaire blindé émettait une lueur bleutée. Un écran affichait un compte à rebours numérique : 00:14:22… 00:14:21…

Hélène Lambert était à genoux devant le coffre encastré dans le mur de pierre, ses doigts griffés et tremblants tentant désespérément d’aligner les touches d’un digicode. Derrière elle se tenaient deux hommes vêtus de manteaux sombres, des pistolets-mitrailleurs dissimulés sous les pans de cuir. Un troisième homme, assis négligemment sur une caisse de munitions, consultait sa montre. C’était l’émissaire, un homme balafré dont le regard terne trahissait des années de violence méthodique.

Nora sortit de l’ombre sans hésiter, son arme braquée à deux mains, pointée avec une précision mortelle sur l’émissaire.

« Lâchez vos armes, ordonna-t-elle d’une voix nette qui résonna contre les voûtes de pierre. Vous êtes en territoire militaire sous protocole de défense territoriale. »

Les deux gardes du corps esquissèrent un mouvement réflexe pour épauler leurs armes, mais Caleb surgit de l’autre flanc, ouvrant le feu en deux détonations sèches et coordonnées. Les deux hommes s’écroulèrent avant même que leurs crosses n’aient touché leurs épaules, neutralisés d’un tir précis à la rotule et à l’épaule.

L’émissaire bondit sur ses pieds, tentant de tirer Hélène devant lui pour s’en faire un bouclier humain. Mais Nora fut plus rapide. Elle avança d’un pas, ajusta sa ligne de mire et logea une balle dans la main droite de l’homme, pulvérisant son arme de poing dans une gerbe d’étincelles métalliques et de sang. L’émissaire hurla de douleur en serrant son poignet brisé contre sa poitrine, tombant à genoux sur le sol dallé.

Hélène poussa un cri perçant et se recroquevilla contre le mur, les yeux exorbités par la terreur. « Nora ! Ne tire pas ! Ne tire pas, je t’en supplie ! »

Nora ne baissa pas son arme. Son regard passa de l’homme blessé à sa mère, avec un mépris si profond qu’il semblait geler l’air de la pièce.

« Tu as osé amener les assassins de ton propre fils dans la maison où il a grandi, Mère ? »

« Tu ne comprends rien ! sanglota Hélène, ses joues barbouillées de maquillage coulant sous les larmes. Ils allaient me tuer, Nora ! Ils m’ont dit qu’Alexandre leur devait cet argent ! Ton père n’était pas un saint, il a trempé dans leurs affaires pour financer ses promotions ! »

« Mon père est mort en protégeant son pays contre des vermines comme eux, répliqua Nora avec force. Et toi, tu as vendu son honneur pour quelques liasses de billets et des promesses d’impunité dans des casinos de seconde zone. »

Caleb désarma promptement l’émissaire blessé et lui passa des menottes de campagne avant de fouiller ses poches. Il en sortit un émetteur satellite sécurisé qu’il jeta aux pieds de Nora.

« Il était relié en direct avec le commandement de Novak, signala Caleb. Le compte à rebours est une procédure d’extraction automatique. S’il atteint zéro sans code d’annulation, le serveur considère que le terminal est tombé aux mains de l’ennemi et lance le transfert d’urgence vers les comptes de compensation. »

Nora regarda l’écran : 00:04:12… 00:04:11…

« Il faut la confirmation rétinienne de ton père, paniqua Hélène, rampant vers sa fille. Tu ne peux pas l’arrêter ! Tu vas tout perdre, Nora ! Nous allons tous mourir ! »

Nora s’avança calmement vers le terminal. Elle brancha un adaptateur cryptographique qu’elle portait autour du cou, dissimulé sous sa plaque d’identification militaire. L’écran changea de teinte, passant du rouge au vert émeraude.

« Mon père savait que le jour viendrait où tu essaierais de forcer ce terminal, Hélène, dit Nora sans se retourner. Il a configuré le protocole Sentinelle il y a trois semaines, lorsqu’il a su que son cœur allait lâcher. Le système n’a jamais attendu sa confirmation à lui. »

Un message s’afficha sur le moniteur central : VÉRIFICATION D’IDENTITÉ REQUISE – SUCCESSEUR DÉSIGNÉ : CAPITAINE NORA LAMBERT.

Nora approcha son visage de l’œilleton optique. Un faisceau de lumière rouge balaya son iris. Quelques secondes s’écoulèrent dans un silence d’une tension insoutenable, ponctué seulement par les gémissements de l’homme menotté et le cliquetis de la pluie contre les vitraux supérieurs.