« Ce que ton chien a flairé n’est que l’amorce », répondit-elle d’un ton monocorde. « Huit cents grammes de C4 stabilisé. Mais ce qui se trouve au cœur des pains, ce n’est pas du plastique. C’est du césium 137 de qualité médicale, subtilisé dans un laboratoire déclassé d’Europe de l’Est il y a six semaines. Une bombe radiologique artisanale. Suffisamment de matière pour contaminer la totalité de ce terminal, paralyser le trafic aérien de la côte Est pendant un an et ruiner l’économie d’un pays qui se croit intouchable. »
Le sang déserta mon visage. La nausée me submergea un instant avant d’être balayée par l’instinct de survie. Une dispersion radiologique dans un espace confiné accueillant quarante mille personnes par jour serait une catastrophe sans précédent.
« Le déclencheur », dis-je, la voix tendue au point de se briser. « Où est le détonateur ? »
Elle baissa les yeux vers son flanc gauche. Là, dissimulé sous un rabat de chair artificielle en silicone que Max n’avait pas entièrement arraché, une petite diode rouge clignotait lentement. Elle n’était pas reliée à un compte à rebours visuel classique, mais à un transpondeur miniature relié à un moniteur d’impulsion cardiaque collé sur sa peau.
« Mon rythme cardiaque », déclara-t-elle avec une sérénité terrifiante. « Si mon cœur s’arrête, ou s’il dépasse cent quatre-vingts battements par minute sous l’effet d’une panique incontrôlée, le circuit se ferme. La charge explose. Tu ne peux pas me tirer dessus, David. Si tu me tues, nous nous évaporons tous les trois dans une seconde de flash thermique, et la poussière radioactive fera le reste dans les conduits de ventilation. »
Je fixai la diode. Elle pulsait au rythme régulier de son pouls, à environ soixante-quinze battements par minute. La femme était d’un sang-froid monstrueux. Son corps ne trahissait aucune terreur, aucune accélération fatale. Elle contrôlait sa physiologie comme un tireur d’élite contrôle son souffle avant d’ajuster sa cible à mille mètres.
« Alors pourquoi simuler des contractions ? » demandai-je, cherchant désespérément à gagner du temps, à analyser l’environnement, à repérer une faille. « Pourquoi attirer l’attention sur toi au milieu d’un hall bondé au lieu de passer la douane tranquillement ? »
« Parce que le dispositif fuyait », répondit-elle sans ciller. « L’un des contenants en plomb s’est fendu pendant le vol transatlantique. La chaleur thermique a commencé à irradier. Mon corps recevait une dose létale depuis six heures. J’étais en train de défaillir physiquement. Je ne pouvais plus tenir debout jusqu’au point de rendez-vous dans le parking central. Je devais atteindre une zone médicale isolée, un endroit où les renforts de mon unité pourraient me récupérer sans affronter la foule, ou faire sauter le complexe si l’extraction échouait. »
Elle marqua une pause, posant son regard sur Max. « Mais je n’avais pas prévu cette anomalie. Ce chien aurait dû être à la retraite depuis trois ans. Les bases de données des douanes n’indiquaient que des équipes cynophiles formées aux stupéfiants conventionnels sur ce terminal. Ton déploiement ici était une erreur administrative. Une malheureuse coïncidence pour nous deux. »
De l’autre côté de la porte, des bruits de pas lourds et désordonnés résonnèrent dans le couloir, accompagnés de cris brefs et d’impacts étouffés. Ce n’étaient pas les bruits de rangers des agents de la sécurité aéroportuaire. C’étaient des décharges d’armes automatiques équipées de réducteurs de son. De petits claquements secs, suivis de corps tombant lourdement contre les cloisons de plâtre.
L’équipe d’extraction était déjà là. Ils avaient éliminé les vigiles à l’extérieur.
« Ils sont venus nettoyer la scène », dit-elle doucement. « Ils ne me laisseront pas vivante, et ils ne te laisseront pas sortir. Quand ils ouvriront cette porte, ils déclencheront la mise à feu à distance s’ils constatent que le colis est compromis. »
Mon esprit fonctionna à une vitesse vertigineuse. Quatorze ans d’opérations spéciales, d’embuscades en terrain hostile et d’interventions d’urgence se condensèrent en une fraction de seconde. Il n’y avait pas de négociation possible. Pas de renforts à attendre. Le système de communication était muet, les issues étaient compromises, et nous nous trouvions piégés dans un cube de béton de vingt mètres carrés avec une bombe radiologique et deux assaillants armés de l’autre côté du panneau de bois renforcé.
Je regardai Max. Le vieux guerrier sentait la proximité de la mort comme personne. Ses babines étaient retroussées, découvrant ses crocs usés mais formidables. Il ne tremblait pas. Il attendait l’ordre. Le seul ordre qui comptait.
« Tu as dit que le déclencheur réagissait à ton rythme cardiaque », articulai-je d’une voix presque inaudible, couverte par le hurlement lointain de la sirène.
« Oui. »
« Et si le circuit est court-circuité avant que le relais n’envoie l’impulsion ? »
Elle eut un rire bref, sans joie. « Le boîtier est scellé sous un blindage en alliage de tungstène. Aucune pince d’électricien ne peut sectionner le détonateur sans écraser le filament piezoélectrique. Tu n’as pas le matériel nécessaire. Même tes démineurs mettraient quarante minutes à neutraliser la charge sous radiographie. »
« Mes démineurs, peut-être », murmurai-je.
Je me rappelai alors le titre de transport et le protocole médical d’urgence. Sur le chariot métallique situé à ma gauche reposait le défibrillateur automatisé externe que l’équipe d’urgence avait apporté pour la prise en charge initiale, posé à côté d’une trousse d’intervention chirurgicale de traumatologie.
Les bruits de pas s’arrêtèrent juste devant la porte de la salle de triage. La poignée métallique commença à s’abaisser lentement.
« Max ! La porte ! » criai-je.
Le chien bondit comme un éclair d’acajou, propulsant ses trente kilos contre le battant en bois au moment précis où celui-ci s’entrouvrait. L’impact projeta l’assaillant en arrière. Max s’engouffra dans l’ouverture avec une férocité dévastatrice. Des hurlements étouffés, des jurons en langue slave et le bruit mat d’une arme tombant sur le lino saturèrent instantanément l’atmosphère du couloir.