Tiffany s’avança à grands pas, la rage défigurant ses traits parfaits maquillés par des heures d’efforts.

« Tu es un monstre ! Une vieille femme jalouse et manipulatrice ! Tu n’as jamais supporté que Daniel m’aime plus qu’il ne t’aime ! Tu crois que tu as tout le pouvoir parce que tu as signé quelques chèques ? Mon père va te faire un virement sur-le-champ ! Papa, donne-lui son foutu argent ! Qu’elle prenne son chèque et qu’elle s’en aille ! »

Le père de Tiffany ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Son assurance insolente venait de fondre. Il glissa sa main dans la poche de son veston, la retira, jeta un coup d’œil embarrassé autour de lui. Je connaissais la vérité. Je la savais depuis quarante-huit heures, lorsque la banque m’avait appelée en urgence pour me signaler que la caution de garantie déposée par la famille Howard avait été rejetée pour défaut de provision.

« Vas-y, Richard, » dis-je doucement en fixant le père de Tiffany. « Fais-moi un chèque. Mais n’oublie pas de préciser la banque. Parce que ton compte professionnel à la First National est sous séquestre depuis mardi dernier, n’est-ce pas ? La société de transport logistique que tu prétends diriger avec tant de panache est en redressement judiciaire. Et la somptueuse villa dans laquelle vous vivez appartient en réalité à une société de crédit-bail qui a déjà entamé la procédure d’expulsion. »

Un silence sépulcral s’abattit sur l’assistance. La mère de Tiffany poussa un petit cri étranglé. Des cousins, des amis de longue date, des partenaires d’affaires invités par les Howard se regardaient avec des yeux exorbités.

« Comment oses-tu… » commença Richard Howard, les veines du cou gonflées par la fureur et la terreur mêlées.

« J’ose parce que c’est mon nom qui est inscrit au bas de chaque engagement légal contracté ce soir ! » répliquai-je, mon ton s’élevant enfin avec une force majestueuse et implacable. « J’ose parce que lorsque l’agence de location des limousines est venue me voir hier soir pour m’annoncer que ton chèque de caution était en bois, c’est moi qui ai dû tirer sur ma réserve personnelle pour éviter que les voitures ne repartent à vide ce matin ! J’ose parce que lorsque le traiteur a menacé de remballer ses fourneaux à midi faute d’avoir reçu le solde promis par ta famille, c’est moi qui ai signé un avenant de cinquante mille dollars garantis sur ma propre maison ! »

Je me tournai vers Daniel. Il me regardait, la bouche entrouverte, incapable d’assimiler les informations qui s’écrasaient sur lui comme des blocs de granit.

« Tu ne le savais pas, Daniel ? » continuai-je, la pitié cédant la place au mépris. « Tu pensais vraiment que les Howard prenaient en charge la moitié des frais comme ils s’en vantaient à chaque dîner ? Tu pensais que ces robes sur mesure pour les demoiselles d’honneur, ces fleurs acheminées par avion depuis les serres de Hollande, ces voitures allemandes et cette salle somptueuse étaient payées à parts égales ? Non. Ils n’avaient pas un sou vaillant. Ils ont vendu une illusion, et toi, tu as exigé de ta mère qu’elle hypothèque son avenir et le passé de ton père pour alimenter leur mensonge. »

« Maman… je ne savais pas… je te le jure, je ne savais rien de tout ça… » balbutia Daniel en s’avançant pour m’attraper le bras.

Je reculai d’un pas net.

« Ne me touche pas. Il y a cinq minutes, cette femme m’a frappée. Elle m’a giflée devant deux cent cinquante personnes. Et ton seul réflexe a été de murmurer son prénom avec la lâcheté d’un enfant qui a peur d’être privé de dessert. Tu ne m’as pas demandé si j’avais mal. Tu ne lui as pas ordonné de s’excuser. Tu n’as pas eu un seul geste pour protéger la femme qui t’a porté, nourri, éduqué et qui vient de se dépouiller pour toi. »

Tiffany tremblait de tout son corps, une rage hystérique s’emparant d’elle. Elle s’élança vers le buffet où reposait l’immense pièce montée à six étages, ornée de feuilles d’or et de perles de sucre.

« Tu ne vas rien gâcher du tout ! » cria-t-elle, perdant complètement le contrôle d’elle-même. « C’est ma soirée ! Je suis la mariée ! C’est mon droit ! »

Mais avant qu’elle n’atteigne la table, monsieur Vance fit un signe de la main. Deux agents de sécurité imposants, vêtus d’uniformes noirs, s’interposèrent calmement entre elle et le buffet.

« Mademoiselle, » dit l’un d’eux d’une voix grave et sans appel. « Tout ce qui se trouve dans cette pièce est la propriété exclusive des prestataires sous contrat avec madame Eleanor Miller. Vous n’avez aucun droit sur ces biens. Si vous tentez de détruire quoi que ce soit, nous serons contraints de vous immobiliser jusqu’à l’arrivée de la police. »

« Dehors, » ordonnai-je simplement.

Monsieur Vance fit signe à son équipe technique. Les grandes suspensions de cristal s’éteignirent d’un coup sec, ne laissant que les spots blancs et crus de sécurité, révélant la laideur nue de la scène : le marbre taché de vin, les invités hagards, les verres abandonnés. Les techniciens du son commencèrent à débrancher les câbles d’enceinte avec des bruits secs qui résonnaient comme des coups de marteau.

« Mesdames et messieurs, » annonça monsieur Vance d’une voix amplifiée par un mégaphone de service. « La sortie se fait par les portes ouest. Des navettes municipales ont été contactées pour ceux qui n’ont pas de véhicule, car le service de chauffeurs privés a été suspendu par son commanditaire. Veuillez récupérer vos effets personnels au vestiaire. Tout objet abandonné sera consigné. »

La panique et la honte s’emparèrent de l’assemblée. Les conversations élégantes firent place à des bousculades feutrées. Les invités prestigieux que Richard Howard avait invités pour étaler sa prétendue réussite — des banquiers locaux, des entrepreneurs, des membres du club de golf — évitaient désormais son regard, pressant le pas pour ne pas être associés à ce désastre public.