« Emma, » dit-il sans quitter Charlotte des yeux. « Vous avez risqué votre propre sécurité ce soir. Isabella aurait pu vous blesser bien plus gravement. Sans votre courage, ma fille serait peut-être restée emmurée pendant que ces monstres accomplissaient leur dessein. »
« Je n’ai fait que ce que n’importe quel être humain doté d’une conscience aurait dû faire, Monsieur Sterling, » répondit simplement la jeune femme. « Clara… Madame Sterling avait été d’une gentillesse infinie avec ma famille quand mon frère était souffrant. Elle a payé ses soins sans jamais rien demander en retour. Je lui devais bien de veiller sur ce qu’elle avait de plus précieux au monde. »
William hocha la tête avec émotion. « Vous ne travaillerez plus jamais comme employée de maison, Emma. À compter de demain, si vous l’acceptez, vous prendrez la responsabilité de la direction du domaine et de l’encadrement éducatif de Charlotte. Je veux autour de ma fille des gens dont le cœur est pur. »
Emma, émue aux larmes, inclina la tête avec une profonde gratitude. « Ce sera un honneur, Monsieur. »
William resta de longues heures au chevet de Charlotte, tandis que le feu crépitait doucement dans l’âtre. Sur la table de chevet, il déposa le lapin en peluche, promettant silencieusement qu’il le recoudrait lui-même à l’aube, avec du fil d’or, pour sceller à jamais le sanctuaire qui avait sauvé leur vie.
Dans ses mains reposait la dernière lettre de Clara, celle qu’il n’avait pas encore lue en entier. Il l’ouvrit doucement à la lueur des flammes.
« Mon amour, si tu lis ces lignes après l’orage, ne laisse pas la rancœur dévorer les années qui te restent. Aime notre fille avec toute la force que la maladie m’a volée. Fais-lui découvrir le monde, montre-lui les étoiles depuis la falaise de notre domaine d’été, et dis-lui que chaque fois qu’un souffle d’air tiède effleurera sa tempe, ce sera moi qui veillerai sur elle. Sois heureux, William. Vis. »
William referma la lettre et posa sa main protectrice sur les petites mains de sa fille endormie. Pour la première fois depuis plus d’un an, le brouillard funeste qui étouffait le manoir Sterling s’était entièrement dissipé. La vérité avait triomphé dans le sang-froid et la clarté. La justice allait punir les traîtres, mais ici, dans cette chambre baignée d’une lueur dorée, la vie reprenait ses droits, indestructible et pure.