Il sortit une lettre de sa poche et la posa sur la petite table en fer forgé. L’écriture sur l’enveloppe était tremblée, hésitante. Je reconnus immédiatement la graphie soignée, autrefois si arrogante, de Daniel.

« Il m’a écrit la semaine dernière », dit Robert avec calme. « Il travaille comme simple comptable salarié dans un garage de l’Illinois. Il demande si tu accepterais de le voir. Une dernière fois. Pour lui pardonner, prétend-il. Pour qu’il puisse “repartir à zéro”. »

Je regardai l’enveloppe.

Je n’éprouvais aucune colère. Aucune tristesse. Pas même cette amertume qui m’avait si longtemps serré la gorge au milieu des nuits solitaires.

Je pris la lettre, la tins un instant entre mes doigts — les cicatrices de ma main droite effleurant le papier —, puis, sans même la décacheter, je la déchirai méthodiquement en deux, puis en quatre, avant de déposer les morceaux dans la coupelle de terre cuite posée sur la table.

« Je n’ai rien à lui pardonner », dis-je d’une voix posée. « Il a choisi son destin le soir où il a préféré rire de ma douleur plutôt que de tendre la main. Qu’il vive avec ses choix. »

Robert hocha lentement la tête. Il prit sa tasse de thé et se tourna vers la pelouse baignée de lumière.

Une brise d’été fit frémir les grands chênes centenaires. Au loin, le tintement cristallin d’un carillon suspendu sous l’auvent rythmait l’après-midi.

Pour la première fois depuis sept ans, je n’avais plus peur du silence. Je n’avais plus à baisser les yeux, ni à m’excuser d’exister.

J’étais chez moi.