En me retournant vers la voiture, je vis un convoi de trois bus kaki sans marquage qui s’avançait lentement sur la piste principale, soulevant un immense nuage de poussière dans son sillage. À l’intérieur, de jeunes recrues au crâne rasé regardaient par les vitres entrouvertes, leurs visages anonymes marqués par la fatigue et la chaleur de midi.
Mais à la bifurcation du secteur Bravo, le convoi ralentit, mit son clignotant et bifurqua vers le nord, en direction des zones de cantonnement climatisées et des hangars d’ombre.
L’ordre du drapeau noir venait d’entrer en vigueur sur l’ensemble de la base.
Je montai à l’arrière de la berline et refermai la portière métallique sur le grondement étouffé du vent.
« Direction l’aérodrome militaire, Sergent », dis-je au chauffeur qui venait de rallumer le moteur. « Le procureur général nous attend à Washington avant dix-huit heures. »
La voiture fit demi-tour dans un crissement de gravier et s’élança sur la longue ligne droite goudronnée qui coupait la plaine en deux. Dans le rétroviseur central, la silhouette du quartier général de Fort Sill rétrécissait peu à peu, engloutie par les mirages thermiques qui dansaient au ras du sol, jusqu’à n’être plus qu’un point sombre, insignifiant et dérisoire sous l’immensité implacable du ciel.