Lucas tourna la tête.

« Je n’ai pas fini de parler avec monsieur Laurent. »

« Tu n’as plus rien à faire ici. »

Henri leva une main.

« Monsieur Delmas, je vous conseille de ne pas insister. »

Le responsable se figea.

Henri poursuivit.

« Ce garçon a porté assistance à une personne en difficulté. Vous avez choisi de le sanctionner sans même vous assurer que les secours avaient été prévenus. »

Delmas tenta de se justifier.

« Nos procédures sont très strictes… »

« La sécurité des personnes devrait également faire partie de vos priorités. »

Le ton était calme.

Mais sans appel.

Après un premier examen, les secouristes recommandèrent une prise en charge médicale complémentaire.

Henri accepta.

Avant de partir, il se tourna vers Lucas.

« J’aimerais rencontrer ta mère. »

Lucas hésita.

« Pourquoi ? »

Henri regarda la petite serviette en cuir posée près de lui.

« Parce que certains documents concernant ton père ont disparu il y a cinq ans. »

Le garçon sentit un frisson lui parcourir le dos.

« Quels documents ? »

Henri répondit doucement.

« Ceux qui pourraient expliquer pourquoi il s’inquiétait autant avant son accident. »

Le lendemain matin, Lucas n’alla pas travailler.

Sa suspension venait d’être confirmée par un courriel de son employeur.

Il était convoqué à un entretien disciplinaire.

Lucas relut plusieurs fois le message.

Il avait l’impression d’être puni pour avoir fait exactement ce que son père lui aurait demandé de faire.

Dans la cuisine, Claire Moreau préparait du café.

Elle remarqua immédiatement son expression.

« Qu’est-ce qui se passe ? »

Lucas lui raconta tout.

La chute du vieil homme.

Le refus de Delmas.

La suspension.

Le téléphone.

Et surtout, le nom d’Henri Laurent.

Lorsque Claire l’entendit, elle posa lentement sa tasse.

« Henri Laurent ? »

Lucas acquiesça.

Sa mère devint pâle.

« Tu es sûr ? »

« Oui. Pourquoi ? »

Claire s’assit.

Pendant quelques instants, elle resta silencieuse.

Puis elle se leva et alla chercher une boîte en carton rangée au fond d’un placard.

Elle la posa sur la table.

À l’intérieur se trouvaient des photographies d’Antoine, quelques documents professionnels et une petite enveloppe jaunie.

Claire la sortit.

« Ton père a reçu cette lettre quelques semaines avant sa mort. »

Lucas prit l’enveloppe.

L’expéditeur était une société appartenant autrefois au groupe Laurent.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Claire soupira.

« Une invitation à participer à une réunion technique. Ton père disait qu’il avait découvert des problèmes dans certains rapports de maintenance. »

Lucas sentit son cœur accélérer.

« Et cette réunion ? »

« Elle a été annulée. »

« Pourquoi ? »

Claire secoua la tête.

« Je n’en ai jamais su davantage. »

Lucas regarda les papiers.

« Tu penses que son accident était lié à son travail ? »

Sa mère baissa les yeux.

« Je ne sais pas, Lucas. Et je ne veux pas te raconter des choses dont je ne suis pas certaine. »

Elle prit sa main.

« Mais ton père était inquiet. Cela, je m’en souviens parfaitement. »

Le téléphone de Lucas vibra.

Un numéro inconnu.

Il répondit.

« Allô ? »

Une voix masculine polie se présenta.

« Bonjour, monsieur Moreau. Je suis Maître Adrien Beaumont, avocat du groupe Laurent. Monsieur Henri Laurent souhaiterait vous rencontrer, vous et votre mère. »

Lucas regarda Claire.

« Où ? »

« Dans ses bureaux, à Paris, cet après-midi. »

Lucas hésita.

« Est-ce vraiment important ? »

L’avocat marqua une pause.

« Oui, monsieur Moreau. Je crois que cela concerne directement votre père. »

À quinze heures, Lucas et Claire arrivèrent dans un immeuble de bureaux situé près de la place de la Nation.

L’endroit était élégant, mais discret.

Un employé les accueillit et les conduisit dans une salle de réunion.

Henri Laurent les attendait.

Il portait cette fois un costume gris foncé impeccable.

Ses cheveux argentés étaient soigneusement coiffés.

Il semblait avoir retrouvé des forces après son malaise, même si la fatigue marquait encore son visage.

En voyant Claire, il se leva lentement.

« Madame Moreau. »

Elle le salua avec réserve.

« Monsieur Laurent. »

Henri désigna les fauteuils.

« Merci d’être venus. »

Lucas s’assit près de sa mère.

L’avocat, Adrien Beaumont, ouvrit une chemise cartonnée.

Henri prit la parole.

« Il y a cinq ans, votre mari a signalé des anomalies concernant des prestations de maintenance effectuées par un sous-traitant de l’une de nos filiales. »

Claire se redressa.

« Antoine m’en avait parlé. »

Henri acquiesça.

« Il pensait que certains contrôles étaient validés sans avoir été réalisés correctement. »

Lucas sentit son ventre se nouer.

« Qui était responsable ? »

Adrien Beaumont répondit.

« À l’époque, les contrats concernés étaient suivis par une société nommée Valmont Services Techniques. »

Henri poursuivit.

« Son directeur opérationnel était un homme appelé Gérard Valmont. »

Claire fronça les sourcils.

Elle connaissait ce nom.

Antoine l’avait prononcé plusieurs fois.

Henri continua.

« Après la mort de votre mari, les rapports ont conclu à une erreur lors de l’intervention. Cependant, certains documents techniques ont disparu du dossier interne. »

Lucas serra les poings.

« Vous le saviez ? »

Henri baissa la tête.

« Pas à l’époque. J’ai découvert ces incohérences récemment, à la suite d’un audit. »

Lucas le fixa.

« Pourquoi n’avez-vous rien fait plus tôt ? »

Henri accepta la question sans protester.

« Parce que j’ai trop longtemps fait confiance à des responsables qui affirmaient que tout était conforme. »

Il inspira profondément.

« C’était une erreur de ma part. »

Claire demanda doucement :

« Vous pensez que mon mari est mort à cause de ces anomalies ? »

Henri répondit avec prudence.

« Nous ne pouvons pas l’affirmer à ce stade. L’enquête doit établir précisément les faits. »

Il regarda Lucas.

« Mais nous disposons de suffisamment d’éléments nouveaux pour demander un réexamen approfondi. »

Lucas baissa les yeux.

Il pensa à son père.