Maya marchait d’un pas tranquille sur la route goudronnée qui serpentait à travers la forêt brumeuse, les mains enfoncées dans les poches de sa veste en cuir, respirant à pleins poumons l’odeur des pins humides et de la terre mouillée. Elle n’avait pas de bagages, pas d’ordres à suivre, pas d’ennemis à traquer. Elle avait simplement la route devant elle, immense et dégagée, et pour la première fois de son existence, le silence autour d’elle n’était plus celui d’une prison ou d’un champ de bataille, mais celui d’une liberté chèrement reconquise.
Le faisceau cru des projecteurs halogènes me frappa de plein fouet, découpant ma silhouette décharnée de sexagénaire contre les troncs sombres des chênes centenaires d’Elm Street. L’air d’automne était vif, presque piquant, et l’odeur âcre de la poussière de verre mêlée aux vapeurs d’échappement flottait entre les capots tièdes des véhicules de patrouille. Pendant trente ans, j’avais appris à respirer lentement, à caler le tempo de mon pouls sur l’échappement d’une comtoise ou le balancier d’un régulateur viennois. Mais en cet instant précis, sous le choc brutal du verre pulvérisé et le gémissement étouffé de cette femme projetée au sol, tout le vernis de ma retraite s’effrita comme de la vieille cire.
Barnaby poussa un gémissement inquiet derrière moi, le museau collé contre les barreaux froids du portail en fer forgé. Je ne me suis pas retourné pour le rassurer. Mes yeux…