Plus tard dans l’après-midi, dans les douches communes, l’atmosphère devint irrespirable.

Les douches du bloc C étaient un vaste espace carrelé de blanc, rendu glissant par l’eau savonneuse permanente et plongé dans une brume épaisse de vapeur d’eau tiède. C’était l’endroit aveugle par excellence, là où les angles morts des caméras permettaient tous les règlements de comptes sans que l’administration pénitentiaire ne puisse intervenir à temps.

Maya s’était isolée sous un jet d’eau dans le coin le plus éloigné. Elle venait de couper l’eau et nouait une serviette rugueuse autour de ses épaules quand le bruit lourd de la porte métallique qui se verrouille résonna dans la pièce.

Le grincement familier d’une clé tournant dans la serrure.

Un gardien complice venait d’être payé pour regarder ailleurs pendant quinze minutes.

Maya ne sursauta pas. Elle ferma les yeux un court instant, laissant échapper un soupir presque imperceptible, un mélange de fatigue et de résignation. Quand elle se retourna, la vapeur laissait deviner cinq silhouettes massives barrant la sortie.

Tasha était là, un morceau de tuyau en plomb récupéré dans la chaufferie serré dans sa main valide. Autour d’elle se tenaient quatre des femmes les plus violentes de l’établissement, des peines perpétuelles recrutées pour cette besogne en échange d’une réserve de pilules de contrebande. L’une tenait une cordelette tressée avec du drap mouillé pour étrangler, une autre deux lames de rasoir incrustées dans une brosse à dents fondue.

« Tu pensais que c’était fini, petite fouine ? » cracha Tasha, sa voix résonnant contre le carrelage humide. « Tu as eu un coup de chance dans la cour parce que je ne m’y attendais pas. Mais ici, personne ne te sauvera. Les caméras ne voient rien. Tu vas sortir d’ici dans un sac mortuaire. »

Maya regarda les cinq femmes, observant leurs appuis, la tension de leurs épaules, l’espacement entre elles sur le sol détrempé. Son esprit militaire se mit à calculer les trajectoires avec la froideur d’un ordinateur de bord.

« Vous n’avez aucune idée de ce dans quoi vous vous engagez », dit Maya, sa voix posée, sans la moindre trace de tremblement. « Si vous ouvrez cette porte maintenant, je vous promets que vous resterez en vie. »

Un éclat de rire gras et brutal secoua le groupe.

« Écoutez la princesse ! À mort ! »

La femme aux lames de rasoir se jeta la première en avant, fendant la brume d’un coup de taille vicieux visant le visage.

Maya ne recula pas vers le mur. Elle utilisa la serviette humide qu’elle tenait encore à la main. D’un claquement sec et rapide, le tissu imbibé d’eau frappa les yeux de l’assaillante avec la force d’un fouet. Aveuglée et hurlant de douleur, la femme perdit l’équilibre sur le sol glissant. Maya enroula la serviette autour de son bras armé, tira violemment vers le bas tout en projetant son autre genou dans l’estomac de l’assaillante. La femme s’effondra lourdement, le visage heurtant l’évacuation d’eau dans un bruit mat.

Avant que les autres ne puissent réagir, la seconde détenue tenta de passer la cordelette autour du cou de Maya par-derrière. Maya baissa la tête, laissa la corde glisser sur son crâne humide, pivota sur ses talons et saisit la femme par les tempes. D’un mouvement de rotation brutal et maîtrisé, elle la fit basculer par-dessus son épaule, l’écrasant contre la paroi carrelée qui se fissura sous l’impact.

Les deux autres complices hésitèrent, prises de panique devant une efficacité aussi terrifiante. Ce n’était pas un combat. C’était un abattage méthodique.

« Allez-y, bande de lâches ! » hurla Tasha, brandissant son tuyau de plomb avant de charger elle-même, aveuglée par la rage.

Elle abattit l’arme de métal avec toute la force du désespoir. Mais la rage rend les frappes prévisibles. Maya esquiva la barre d’un simple décalage du buste. Le plomb frappa le carrelage dans une gerbe d’étincelles et d’éclats de céramique. Sans perdre une seconde, Maya frappa du tranchant de la main la carotide de Tasha, coupant momentanément l’afflux sanguin vers son cerveau. Les yeux de la colosse se révulsèrent.

Maya la saisit par le col de son tee-shirt trempé et projeta le corps massif de Tasha contre les deux dernières détenues qui tentaient d’approcher, les fauchant toutes les trois d’un coup.

En moins de soixante secondes, les cinq femmes gisaient sur le carrelage inondé, gémissantes, inconscientes ou incapables de bouger.

Maya restait debout au milieu des corps, à peine essoufflée, sa serviette toujours à la main. Elle s’avança lentement vers Tasha, qui tentait péniblement de ramper sur le ventre, crachant de l’eau et du sang, terrifiée jusqu’à la moelle par ce spectre qui ne semblait pas appartenir au monde des vivants.

Maya posa le pied fermement sur le dos de la main de Tasha, immobilisant ses doigts contre le sol. Elle se pencha jusqu’à ce que son visage soit à quelques centimètres de l’oreille de la détenue.

« Je ne suis pas venue dans cette prison pour régner sur vous », murmura Maya, les yeux brûlant d’une intensité d’acier. « Je suis venue ici pour purger une dette envers moi-même. Mais si tu croises encore une seule fois mon chemin, si tu touches à nouveau à mes affaires, ou si tu t’en prends à une seule femme sans défense dans cette cour… je cesserai de me retenir. Et ce jour-là, tu ne te relèveras pas. Est-ce que tu me comprends ? »

Tasha, brisée physiquement et psychologiquement, hocha convulsivement la tête contre le carrelage souillé, incapable d’articuler un seul mot.

Maya retira son pied, s’essuya calmement le visage avec un pan sec de sa serviette, puis marcha vers la porte verrouillée. Elle frappa trois coups distincts, lourds et rythmés contre le battant de fer.

De l’autre côté, le garde corrompu, croyant le meurtre accompli, ouvrit la porte avec un sourire narquois qui se figea instantanément sur ses lèvres.

Maya sortit calmement dans le couloir, le fixant d’un regard si pénétrant que l’homme en lâcha presque ses clés, reculant instinctivement contre le mur opposé.