L’Audi, beaucoup trop lourde et emportée par son inertie monstrueuse, ne put négocier la courbe avec la même agilité.
Les pneus de la berline hurlèrent de terreur, fumant sur l’asphalte froid. Kader braqua désespérément, mais la masse de deux tonnes et demie refusa de tourner. La voiture franchit le bas-côté, faucha un panneau de signalisation dans un vacarme de tôle broyée, et alla s’encastrer violemment contre un talus de terre et de rochers, finissant sa course sur le flanc, son radiateur fumant et ses airbags déployés dans une détonation sourde.
Gabriel ralentit immédiatement. Il fit demi-tour sur la chaussée déserte et revint se positionner à quelques mètres de l’épave fumante, ses phares braqués sur la carcasse de la berline.
Le silence de la forêt retomba, seulement troublé par le crépitement du métal surchauffé et les gémissements étouffés provenant de l’habitacle défoncé de l’Audi.
Gabriel descendit calmement de sa voiture. Il ne tremblait pas. Son visage avait la dureté d’une roche ancienne. Il s’approcha de la portière déformée, attrapa la poignée et força l’ouverture dans un grincement sinistre.
Kader et son complice étaient sonnés, le visage en sang à cause des coussins gonflables, incapables de bouger. À l’arrière, Julien de Roquefeuil, miraculeusement indemne sur le plan physique mais tétanisé par la terreur, rampait péniblement pour s’extraire par la vitre brisée.
Quand Julien leva les yeux, il tomba sur les baskets élimées de Gabriel.
Il se figea, le corps à moitié couché dans la boue et les éclats de verre, levant les mains en tremblant de tout son être.
« Ne… ne me fais pas de mal… pitié… », sanglota Julien, toute son arrogance disparue, remplacée par la lâcheté pure d’un prédateur devenu proie. « C’était Kader… c’était pas moi… ils sont allés trop loin… je te jure que je voulais pas ça ! »
Gabriel le regarda de haut. Il n’y avait ni colère ni triomphe dans ses yeux, seulement un dégoût profond et souverain.
Il sortit son smartphone de sa poche. L’écran affichait un appel en cours avec le centre de commandement de la police judiciaire, ainsi qu’une interface de télémétrie embarquée.
« Les caméras à trois cent soixante degrés de mon prototype ont tout enregistré en haute définition », dit Gabriel d’une voix blanche, coupante comme un scalpel. « La tentative d’homicide volontaire, l’impact délibéré, vos visages, et les communications radio que mes capteurs ont interceptées. La police et les secours sont à quatre minutes d’ici. »
Julien s’effondra complètement dans la boue, enfouissant son visage dans ses mains, conscient que cette fois, la fortune de son père ne pourrait pas étouffer l’affaire. La tentative d’assassinat préméditée avec preuves numériques irréfutables signifiait la fin définitive de ses études, l’exclusion de son milieu, et de longues années de réclusion criminelle.
Gabriel tourna les talons sans ajouter un mot. Il remonta dans sa machine, ferma la portière en carbone et enclencha la première vitesse.
Alors que les sirènes bleues de la gendarmerie commençaient à scintiller au loin à travers les arbres de la vallée, la Ferrari rouge s’éloigna dans la nuit, glissant sur la route comme une ombre souveraine, laissant derrière elle les débris d’une illusion et la vérité nue d’un homme brisé par son propre orgueil.