Marc me plaqua brutalement contre la porte du salon.

Avant que je puisse réagir, il m’arracha mon téléphone des mains.

« TU NOUS ESPIONNES ?! »

Je tentai de me dégager, mais il me tenait toujours par le col de ma robe bleu pastel.

« RENDEZ-MOI MON TÉLÉPHONE ! »

Autour de nous, les invités de la réception s’étaient arrêtés de parler. Les lustres dorés illuminaient les murs blancs de l’immense résidence lyonnaise, tandis que le soleil traversait les baies vitrées panoramiques.

Personne n’intervenait.

Puis une voix glaciale retentit derrière Marc.

« JE T’AI INTERDIT DE LA TOUCHER ! »

Vincent venait d’entrer.

Grand, élégant dans son costume gris anthracite, cet homme de quarante-trois ans était l’un des personnages les plus redoutés de Lyon.

Je le connaissais comme mon employeur.

D’autres le connaissaient comme un puissant chef mafieux.

Il attrapa Marc par sa veste et l’écarta violemment de moi.

« Éloigne-toi d’elle. Immédiatement. »

Marc recula, furieux.

« Patron, cette fille nous espionne ! »

Vincent récupéra mon téléphone et me le rendit.

« Elle est sous ma responsabilité. »

Puis, devant tous les invités, il annonça :

« ELLE EST MON INVITÉE PERSONNELLE ! »

Je le regardai, bouleversée.

« Pourquoi faites-vous tout cela pour moi ? »

Il ne répondit pas.

En traversant le salon, j’aperçus une tablette allumée sur une petite table près de l’escalier flottant.

Mon visage apparaissait sur l’écran.

Sous ma photographie figuraient plusieurs dates, les lieux où j’avais accompagné Vincent et un mot écrit en lettres capitales.

APPÂT.

Je saisis la tablette.

« VOUS M’UTILISEZ DEPUIS LE DÉBUT ?! »

Vincent tendit la main pour la reprendre.

Je reculai.

« JE N’ÉTAIS QU’UN PIÈGE ?! »

Son visage se crispa.

« Sophie, écoute-moi. Je cherche un traître. »

Je fis défiler le document.

Une seconde photographie apparut.

Celle de Marc.

« C’EST LUI ! »

Mais ce que j’ignorais encore, c’est que Vincent avait accepté de me mettre en danger pour vérifier ses soupçons.

Et cette décision allait tout changer entre nous.

Je m’appelle Sophie Laurent.

J’avais vingt-sept ans lorsque j’ai commencé à travailler dans la résidence de Vincent Delcourt.

Je venais d’une famille modeste. Après plusieurs emplois précaires dans des hôtels et des restaurants, j’avais accepté ce poste parce que le salaire permettait enfin de payer régulièrement mon loyer.

La propriété semblait appartenir à un autre monde.

Un immense salon contemporain, des tableaux modernes, un escalier suspendu, des chambres réservées aux invités et un jardin dont l’entretien coûtait probablement plus cher que tout ce que je possédais.

Vincent y recevait des industriels, des investisseurs et des personnalités influentes.

Je savais aussi que certaines de ses activités étaient criminelles.

Mais je n’avais jamais participé à ses affaires.

Mon travail consistait à entretenir les pièces, préparer les réceptions et servir les invités.

Je pensais pouvoir rester discrète.

Au début, personne ne faisait attention à moi.

Puis Marc avait commencé à me surveiller.

Il contrôlait mes horaires, fouillait parfois les plateaux que je transportais et m’accusait régulièrement de passer trop de temps près des bureaux privés.

Un soir, alors que je débarrassais la bibliothèque, il m’avait brusquement barré le passage.

« Tu es trop curieuse pour une simple domestique. »

« Je fais seulement mon travail. »

Il avait souri froidement.

« Alors contente-toi de nettoyer. »

Vincent était apparu quelques secondes plus tard.

« Un problème ? »

Marc avait immédiatement changé d’attitude.

« Aucun, patron. »

Mais Vincent avait remarqué mon expression.

« Sophie, retournez à vos occupations. Marc, venez avec moi. »

Le lendemain, Marc avait reçu l’interdiction de me donner directement des ordres.

J’avais cru que mon employeur était simplement juste.

Je me trompais.

Au fil des semaines, Vincent s’était montré étonnamment attentif.

Il m’avait fait installer une petite table pour prendre mes repas tranquillement, loin des remarques de certains employés.

Il s’était assuré que mon salaire était versé sans retard.

Puis, un vendredi soir, il m’avait annoncé que je l’accompagnerais à une réception privée.

« Monsieur, je suis domestique. »

« Ce soir, vous serez mon invitée. »

J’avais refusé une première fois.

Il m’avait assuré que ce n’était pas une obligation professionnelle et qu’il comprendrait ma décision.

J’avais finalement accepté, par curiosité autant que par reconnaissance.

Lors de cette soirée, plusieurs femmes m’avaient observée avec mépris.

L’une d’elles avait demandé pourquoi une employée était assise à la table principale.

Vincent avait répondu :

« Parce que je l’ai invitée. »

C’était la première fois qu’un homme aussi influent me défendait publiquement.

Je m’étais sentie importante.

Pendant un instant, j’avais presque oublié ce que les gens racontaient de lui.

Les invitations avaient ensuite continué.

Un dîner à Lyon.

Une réception dans une propriété privée.

Un cocktail avec des partenaires commerciaux.

Chaque fois, Vincent insistait pour que je sois visible à ses côtés.

Et chaque fois, Marc paraissait davantage irrité.

Je pensais qu’il était jaloux de l’attention que son patron me portait.

Je n’avais pas imaginé une seule seconde que cette attention puisse être calculée.

Dans le salon, devant la tablette, je compris enfin pourquoi.

Le dossier ne contenait pas seulement ma photographie.

Il retraçait les soirées auxquelles Vincent m’avait invitée, les personnes qui m’avaient approchée et les réactions observées après chacun de nos déplacements.

Plusieurs noms figuraient dans une liste de personnes soupçonnées d’avoir transmis des informations confidentielles.

Celui de Marc revenait régulièrement.

Je relevai les yeux.

« Depuis combien de temps préparez-vous cela ? »

Vincent hésita.

« Un peu plus d’un mois. »

Je sentis ma gorge se serrer.

« Un mois ? »

Il acquiesça.

« Quelqu’un transmet des informations sur mes réunions privées à un groupe rival. Chaque fois que tu m’accompagnais, certains détails circulaient ensuite à l’extérieur. »

Je regardai le dossier.

« Et vous vouliez savoir qui réagirait en me voyant près de vous. »

« Oui. »

Je ressentis une violente colère.

« Vous auriez pu me demander mon aide ! »

Vincent baissa les yeux.

« Tu aurais refusé. »