Mais il y avait pire. Dans le tiroir du bas du classeur métallique, dissimulé sous de vieilles déclarations d’impôts, Kevin tomba sur une chemise cartonnée rouge marquée d’une étiquette manuscrite : « I. C. – Dossier Notaire ».
Les mains fébriles, il feuilleta les documents.
C’était un projet d’acte notarié rédigé par un notaire véreux d’une commune voisine. Il s’agissait d’une procuration générale et d’une promesse de cession de biens, transférant la pleine gestion du patrimoine d’Irène non pas à Kevin, mais à une société civile immobilière (SCI) récemment créée sous le nom de « Renaissance Patrimoine ».
L’unique gérante de cette SCI n’était autre que Stéphanie.
Sur la dernière page, la signature tremblotante d’Irène figurait au bas du document, manifestement extorquée ou imitée de manière grossière. Mais un autre document, agrafé à l’arrière, fit bondir le pouls de Kevin jusqu’à la rupture : un relevé de compte bancaire au nom d’Irène. Les économies de toute une vie de labeur de sa mère — plus de quatre-vingt mille euros destinés à couvrir ses futurs frais médicaux et son confort — avaient été siphonnées par des virements mensuels de cinq mille euros vers un compte bancaire étranger non déclaré.
Le dernier document était une lettre de relance d’un organisme de crédit à la consommation. Stéphanie avait contracté des dettes de jeu colossales sur des plateformes en ligne, une addiction secrète dont Kevin n’avait jamais eu le moindre soupçon.
La vérité, abjecte et limpide, éclatait au grand jour.
Stéphanie n’avait jamais voulu aider Irène par charité chrétienne ou amour filial. Elle avait isolé la vieille femme pour piller ses comptes en toute discrétion. Et chaque fois qu’Irène montrait un éclair de lucidité, chaque fois qu’elle refusait de signer un papier, chaque fois qu’elle pleurait ou réclamait son fils, Stéphanie usait de la terreur, de la faim et des coups pour briser sa résistance et hâter son effondrement psychologique afin de la faire déclarer totalement irresponsable devant la justice.
Une vague de sang chaud monta aux tempes de Kevin. Il ramassa les papiers, les glissa dans sa sacoche de travail, ferma l’ordinateur, et sortit du bureau.
Il monta les escaliers à pas lents, chaque marche sonnant comme le glas d’un mariage de sept années qui n’avait été, en réalité, qu’une longue supercherie.
Chapitre 4 : La Confrontation
Kevin ouvrit la porte de la chambre d’amis sans frapper.
Stéphanie était assise sur le bord du lit d’appoint, son téléphone collé à l’oreille, parlant d’une voix précipitée et nerveuse. En voyant entrer Kevin, elle coupa court à la communication d’un geste brusque et jeta l’appareil sur les draps.
« Kevin… il faut qu’on parle posément », commença-t-elle, adoptant cette fois un ton mielleux et conciliant, les yeux rougis par des larmes d’emprunt. « J’ai paniqué tout à l’heure. Je reconnais que j’ai été trop dure. Mais tu dois comprendre la pression que je subis… »
Elle s’interrompit nette quand Kevin jeta violemment la chemise cartonnée rouge sur le lit, juste devant elle. Les feuilles blanches s’éparpillèrent, dévoilant les relevés bancaires, les dettes de jeu et le faux mandat de tutelle.
Le teint de Stéphanie vira au gris cendre. Tout le fard de son assurance s’effondra d’un coup.
« C’est… c’est quoi ça ? » balbutia-t-elle, la gorge nouée.
« C’est ton arrêt de mort civile, Stéphanie », répondit Kevin d’une voix basse, dénuée de la moindre émotion, ce qui la rendait cent fois plus terrifiante qu’un cri. « Quatre-vingt mille euros. Des dettes de poker en ligne. Une tentative de spoliation de la maison familiale. Et par-dessus tout ça, des coups. Des humiliations. Des menaces de mort sur une vieille femme malade qui ne pouvait même pas se défendre. »
Stéphanie fixa les documents, la respiration courte. Voyant qu’elle était acculée, acculée sans aucune échappatoire possible, son attitude changea du tout au tout. La fausse repentance se mua en un cynisme venimeux, le masque angélique tombant définitivement pour laisser place au monstre.
Elle se leva d’un bond, le menton levé, un sourire sardonique et mauvais aux lèvres.
« Et alors ? Tu crois que quelqu’un va te croire ? » cracha-t-elle en croisant les bras. « Ta mère perd la tête ! Elle ne sait même plus quel jour on est ! Un médecin dira qu’elle se cogne partout à cause de ses vertiges ! Ses bleus ? Elle est tombée dans les escaliers la semaine dernière, je l’ai noté sur son carnet de suivi ! Quant à l’argent, c’est elle qui m’a donné procuration pour gérer son quotidien ! Prouve le contraire, mon cher génie ! »
Kevin ne cilla pas. Il s’approcha d’elle d’un pas mesuré. Stéphanie recula de deux pas, intimidée malgré son arrogance par le regard d’acier de l’homme qu’elle croyait pouvoir manipuler à merci.
« Tu as toujours sous-estimé les gens, Stéphanie. Surtout moi », dit-il calmement.
Il sortit son téléphone de sa poche et appuya sur lecture.
La voix d’Irène retentit dans la pièce, tremblante mais parfaitement audible, enregistrée une demi-heure plus tôt : « Elle m’a tordu le bras… elle me disait : “Signe ce papier ou je te prive d’eau tout le week-end quand Kevin ira à son séminaire”… Elle m’a frappée avec sa brosse à cheveux sur les côtes parce que j’avais renversé mon thé… »
Puis, Kevin fit défiler sur l’écran les photographies en haute définition des hématomes, des traces de doigts correspondant précisément à la taille de la main de Stéphanie, des griffures infectées.
« Le médecin légiste passera ce soir », continua Kevin d’une voix implacable. « Et la police criminelle recevra ces photos, ces relevés bancaires et les déclarations d’Irène dans moins d’une heure. L’avocat de la famille a déjà été prévenu par message avant que je ne monte ici. »
Le visage de Stéphanie se décomposa totalement. La panique, la vraie, viscérale et panique de l’animal pris au piège, s’empara d’elle. Elle tomba à genoux sur la moquette, tendant les mains vers lui, essayant de saisir le bas de son pantalon.