Brusquement, une brise légère fit frissonner les ramures au-dessus de sa tête.

À une cinquantaine de mètres, sur une crête rocheuse baignée par les rayons obliques du soleil levant, une silhouette massive se découpa contre le ciel d’azur pâle.

Alina retint son souffle.

Le loup noir était là.

Son pelage d’ébène luisait sous la clarté matinale. Il semblait encore plus imposant que dans le souvenir fiévreux de cette nuit de terreur. Il se tenait fier, les oreilles droites, observant la femme et l’enfant sans agressivité, sans crainte, incarnant à lui seul la souveraineté indomptable de ces montagnes.

Thomas poussa un petit gazouillis dans son sommeil et bougea la tête.

Le loup inclina doucement le museau vers l’avant, comme un salut silencieux venu du fond des âges. Pendant quelques secondes suspendues hors du temps, leurs regards se croisèrent à nouveau. Alina ne dit rien. Elle n’avait pas besoin de mots. Elle posa simplement sa main sur la nuque tiède de son fils et sourit, les larmes aux yeux, mais cette fois-ci, c’étaient des larmes de délivrance.

Puis, avec une grâce souveraine, l’animal fit volte-face et s’enfonça d’un pas souple dans l’épaisseur des conifères, disparaissant à jamais dans la paix infinie de son royaume retrouvé.

Alina fit demi-tour et reprit le chemin de la vallée. Elle marchait d’un pas assuré, le regard tourné vers l’avenir, sachant que dans cette forêt qu’on avait voulue son tombeau, elle avait non seulement sauvé son enfant, mais elle y avait aussi trouvé sa propre liberté.