Elle lui montra le message de Françoise apparu la veille.
Celui qui évoquait ce qu’il pourrait faire une fois devenu propriétaire.
Le visage de Julien changea.
— Tu as regardé mon téléphone ?
— Le message s’est affiché devant moi. Qu’est-ce que ta mère voulait dire ?
Il détourna les yeux.
Françoise intervint.
— Je lui ai simplement conseillé de réfléchir à son mariage !
Camille sentit sa gorge se serrer.
— Réfléchir à quoi ?
— Vous vous disputez constamment, répondit sa belle-mère. Mon fils mérite une vie tranquille.
— Et vous pensiez qu’il serait plus facile de se séparer une fois l’appartement à son nom ?
Françoise ne répondit pas.
Camille regarda Julien.
— Tu savais ?
Il fixa la fenêtre.
— Maman exagère toujours.
— Julien, je te demande si tu avais envisagé de me quitter après avoir reçu mes économies.
Il passa une main sur son visage.
— Nous traversons une période difficile. Oui, j’ai pensé à une séparation.
Camille sentit son cœur se contracter.
— Depuis quand ?
— Quelques mois.
— Et pendant ces mois, tu continuais à me demander d’investir toutes mes économies dans cet appartement ?
— Je ne savais pas ce que je voulais !
Elle le regarda avec une douleur silencieuse.
— Tu savais au moins ce que tu voulais faire de mon argent.
Julien tenta de lui prendre la main.
Elle la retira doucement.
— Tu aurais pu me parler de tes doutes. Tu aurais pu me dire que tu n’étais plus heureux. Nous aurions cherché une solution.
Sa voix trembla légèrement.
— Mais tu as préféré préparer ton avenir avec mes économies, sans me garantir aucune place dans cet avenir.
Le silence qui suivit fut insupportable.
Camille se leva.
Elle remercia le notaire pour ses explications et quitta le bureau.
Julien la suivit dans le couloir.
— Camille, attends !
Elle s’arrêta près de l’ascenseur.
— Nous ne pouvons pas détruire 4 ans de mariage pour une histoire d’appartement !
Elle le regarda.
— Ce n’est pas l’appartement qui détruit notre mariage.
— Alors quoi ?
— Le fait que tu étais prêt à me laisser sans protection tout en sachant que tu envisageais de partir.
Julien commença à pleurer.
— Je t’aime.
Camille sentit ses propres yeux s’humidifier.
Elle se souvenait encore de leur rencontre lors d’un mariage à Angers.
Julien avait été drôle, prévenant et particulièrement attentif.
Il lui avait apporté du café lorsqu’elle travaillait tard.
Il l’avait accompagnée à l’hôpital pendant les derniers jours de sa grand-mère.
Elle avait réellement aimé cet homme.
Mais elle ne reconnaissait plus celui qui se tenait devant elle.
— Peut-être que tu m’aimes, Julien. Mais tu as accepté que je porte tous les risques pendant que tu gardais tous les avantages.
Il essuya ses joues.
— Nous pouvons recommencer.
— Pas aujourd’hui.
Camille entra dans l’ascenseur.
Lorsqu’elle sortit de l’étude notariale, une pluie fine tombait sur Nantes.
Elle marcha jusqu’à un café situé près de la place Graslin.
Elle commanda un thé et s’assit près de la fenêtre.
Puis elle ouvrit son application bancaire.
245 000 €.
L’argent était toujours là.
Elle contempla le montant pendant plusieurs secondes.
Ce n’était pas simplement un chiffre.
C’était le terrain de sa grand-mère.
C’étaient les dimanches travaillés.
Les nuits sans sommeil.
Les commandes acceptées alors qu’elle était épuisée.
Les anniversaires où elle avait préféré économiser plutôt que s’offrir un cadeau.
Et elle avait failli remettre tout cela à des personnes qui considéraient sa confiance comme une faiblesse.
Elle pleura enfin.
Pas pour l’appartement.
Pour son mariage.
Pour les années durant lesquelles elle avait cru qu’ils construisaient quelque chose ensemble.
Et pour cette vérité douloureuse : Julien avait peut-être cessé de partager ses projets avec elle bien avant qu’elle ne s’en aperçoive.
Le soir même, Camille rentra dans leur logement.
Julien l’attendait dans le salon.
Un bouquet de roses était posé sur la table.
— Pardonne-moi, murmura-t-il.
Camille posa son sac.
— Pourquoi veux-tu que je te pardonne ?
— Parce que j’ai laissé maman aller trop loin.
Elle secoua la tête.
— Ta mère n’a pas agi seule.
Julien resta silencieux.
— Tu connaissais les documents. Tu savais que je n’aurais aucun titre de propriété. Et tu m’as demandé de payer quand même.
Il baissa les yeux.
— Je pensais que nous resterions ensemble.
— Alors pourquoi avais-tu besoin de préparer une séparation à ton avantage ?
Il n’eut aucune réponse.
Camille monta dans la chambre.
Elle prépara une valise avec ses vêtements, son ordinateur et quelques objets personnels.
Elle passerait les prochains jours chez Sophie.
Julien la regarda descendre l’escalier.
— Tu pars vraiment ?
— Oui. J’ai besoin de réfléchir loin de cette maison.
— Et nous ?
Camille s’arrêta.
— Nous allons devoir parler honnêtement de notre mariage. Pour la première fois depuis longtemps.
Les semaines suivantes furent éprouvantes.
Julien lui envoya de nombreux messages.
Il affirmait regretter ses décisions et promettait de ne plus laisser sa mère intervenir dans leur couple.
Françoise, au contraire, téléphona à plusieurs membres de la famille.
Elle raconta que Camille avait tenté de s’approprier l’appartement de son fils.
Mais lorsqu’une tante demanda pourquoi elle attendait 245 000 € pour une prétendue donation gratuite, Françoise changea brusquement de sujet.
Son déménagement fut annulé.
Elle dut revoir les engagements pris auprès des artisans.
Et l’appartement resta à son nom.
Julien découvrit alors que sa mère n’avait aucune intention de lui transmettre gratuitement ce logement sans recevoir l’argent de Camille.
Cette découverte provoqua une dispute entre eux.
Pour la première fois, il comprit que les promesses de sa mère avaient elles aussi des conditions.
Mais cette prise de conscience arrivait trop tard pour réparer immédiatement son mariage.
Camille consulta une avocate afin d’organiser sa séparation et de protéger ses intérêts.
Elle conserva les justificatifs relatifs à la vente du terrain hérité de sa grand-mère et aux économies constituées pendant les années précédentes.
Après plusieurs mois de réflexion et de discussions, ils décidèrent d’engager une procédure de divorce.