— Maître, j’ai une question.

Le notaire leva les yeux.

— Je vous écoute.

— Si cet appartement est donné gratuitement à mon mari, pourquoi dois-je verser 245 000 € à sa mère ?

Le silence fut immédiat.

Françoise pâlit.

Julien cessa de sourire.

Le notaire se redressa.

— Madame Laurent, êtes-vous en train de m’indiquer qu’un paiement a été convenu en échange de ce bien ?

Camille ouvrit sa chemise de documents.

— Oui. Et j’ai les messages qui le prouvent.

Puis elle posa devant lui une feuille que ni son mari ni sa belle-mère n’avaient encore vue.

PARTIE 3:

Le notaire prit la feuille et l’examina attentivement.

Il s’agissait d’une impression d’un échange de messages entre Camille et Julien, datant de 6 semaines auparavant.

Julien y expliquait que sa mère acceptait de leur vendre son appartement pour 245 000 € afin qu’ils deviennent propriétaires ensemble.

Un second message, envoyé par Françoise, précisait que cette somme lui permettrait de financer la rénovation de sa petite maison près de Pornic.

Maître Leclerc releva les yeux.

— Ces échanges décrivent une vente, pas une donation gratuite.

Françoise se redressa brusquement.

— Ce sont simplement des arrangements familiaux !

— Un arrangement familial ne dispense pas de présenter correctement la nature d’une opération immobilière, répondit le notaire.

— Mais les documents sont déjà prêts !

— Ils ne sont pas signés. Et nous ne pouvons pas poursuivre sur la base d’informations contradictoires.

Camille observa sa belle-mère.

La femme qui lui donnait des ordres depuis 4 ans semblait soudain incapable de trouver ses mots.

Julien tenta d’intervenir.

— Maître, il y a sûrement un moyen de simplifier tout cela.

— Il faut surtout déterminer ce que vous souhaitez réellement faire. Si votre mère vend son appartement, nous devons préparer une vente. Si elle vous le donne, il ne peut pas exister un prix dissimulé en contrepartie.

Françoise serra les lèvres.

— Je voulais simplement protéger mon fils.

Camille posa calmement les mains sur la table.

— Le protéger contre quoi ?

— Contre les imprévus.

— Quels imprévus ?

Françoise hésita.

Puis elle lâcha :

— Si vous divorcez, je ne veux pas que tu puisses lui prendre son appartement.

Camille sentit quelque chose se briser en elle.

Pas parce qu’elle découvrait enfin les intentions de sa belle-mère.

Elle les avait comprises la veille.

Mais entendre ces mots devant Julien, sans qu’il proteste, rendait la trahison incontestable.

— Donc vous voulez recevoir mes 245 000 €, mais vous refusez que je possède une part du logement ?

— C’est un appartement qui appartient à notre famille depuis longtemps !

— Alors pourquoi me demandez-vous de le payer ?

Françoise ouvrit la bouche, puis la referma.

Julien se tourna vers sa femme.

— Camille, tu compliques inutilement les choses.

Elle le regarda longuement.

— Si nous divorçons dans 2 ans, que deviendra l’argent que j’aurai versé ?

— Nous n’allons pas divorcer.

— Ce n’est pas ma question.

— Tu sais bien que je ne te laisserais pas sans rien.

Camille sentit une profonde tristesse.

— Tu me demandes de te faire confiance, mais tu refuses de faire inscrire mes droits dans les documents.

Françoise intervint immédiatement.

— Une femme qui aime réellement son mari ne pense pas constamment à ce qu’elle pourrait récupérer !

Camille se tourna vers elle.

— Et une mère qui respecte sa belle-fille ne lui demande pas de financer un cadeau destiné exclusivement à son fils.

Le notaire invita chacun à garder son calme.

Mais Julien commençait à perdre patience.

— Bon, ça suffit ! Fais le virement, et nous réglerons les détails ensuite.

Camille resta assise.

— Non.

Le mot était simple.

Définitif.

Julien la fixa.

— Comment ça, non ?

— Je ne verserai pas 245 000 € pour une propriété dont je ne serai pas propriétaire.

Françoise se leva si brusquement que sa chaise recula.

— Tu ne peux pas nous faire ça !

— Je n’ai rien signé et je n’ai autorisé aucun paiement.

— J’ai déjà réservé mon déménagement !

— C’était votre décision.

— J’ai également versé des acomptes pour les travaux de ma maison !

Camille baissa légèrement la voix.

— Vous avez engagé des dépenses en comptant sur mon argent avant même que nous ayons conclu une vente.

Françoise porta une main à sa poitrine.

— Quelle ingratitude !

Camille ne répondit pas immédiatement.

Elle repensa aux 7 années pendant lesquelles elle avait travaillé sans compter ses heures.

Aux nuits passées devant sa machine à coudre.

Aux vacances annulées.

À la vente du terrain de sa grand-mère.

Et à cette certitude douloureuse : sa belle-mère ne voyait dans ces sacrifices qu’une somme disponible pour son propre projet.

Julien changea soudain de ton.

— Écoute, mon amour. Nous pouvons demander au notaire de modifier les documents. Nous mettrons l’appartement à nos 2 noms.

Françoise se retourna violemment vers lui.

— Certainement pas !

Tout le monde la regarda.

— Je ne vais pas offrir la moitié de mon patrimoine à une femme qui pourrait quitter mon fils demain !

Camille eut un sourire triste.

— Vous venez pourtant de dire que vous vendiez votre appartement.

Françoise resta muette.

Le notaire referma le dossier.

— Dans ces conditions, je suspends cette opération. Vous pourrez revenir avec un accord clair, si vous souhaitez poursuivre.

— Ce ne sera pas nécessaire, répondit Camille.

Julien se tourna vers elle.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Je ne veux plus acheter cet appartement.

— Mais nous avons tout prévu !

— Vous avez tout prévu. Moi, vous m’avez seulement demandé de payer.

Françoise poussa un soupir indigné.

— Voilà donc ton vrai visage. Tu voulais profiter de notre patrimoine !

Camille la regarda sans colère.

— Votre patrimoine reste entièrement à vous. Mon argent reste entièrement sur mon compte. Personne ne prend rien à personne.

Puis elle rangea ses documents.

Mais avant de se lever, elle sortit son téléphone.

— Julien, il reste quelque chose à éclaircir.