Rabattant ses lunettes de soleil sur ses yeux pour masquer les torrents de larmes qui dévastaient son maquillage, Sybille quitta précipitamment la grande galerie. Ses talons claquaient sur le travertin, sonnant l’agonie ridicule de son passage dans ce monde qui n’avait jamais été le sien.

Elle descendit les marches du perron, le souffle coupé, et s’engagea sur le chemin de gravier. Le soleil était plus bas à présent, baignant la villa et ses jardins d’une lumière oblique et dorée.

La moto rose trônait toujours près des lauriers, éclatante, pure, indifférente aux vanités humaines. À côté du phare avant reposait le casque de carbone de Diane Vernier, orné d’une simple devise gravée en lettres discrètes : Esse quam videri — Être plutôt que paraître.

Sybille s’arrêta un instant devant le deux-roues, le cœur déchiré. Une heure plus tôt, elle s’était crue la reine du monde en posant la main sur ce guidon. Aujourd’hui, elle mesurait le gouffre qui sépare celui qui possède de celui qui joue un rôle. Elle comprit avec une lucidité terrifiante que toute la haute couture de Paris ne suffirait jamais à habiller la laideur d’un cœur méprisant.

Elle s’éloigna d’un pas trébuchant le long de l’allée, seule dans la poussière qui retombait sous ses pas, obligée d’entreprendre à pied la longue descente vers la route départementale. Derrière elle, le rire clair des invités et les accords légers d’un quatuor à cordes montaient dans la brise du soir, célébrant le triomphe du travail, de l’élégance véritable et du silence face au vacarme inutile des apparences.