Je m’approchai sur la pointe des pieds et m’assis sur le bord du matelas. Je posai doucement son carnet de dessin sur la table de chevet, à côté d’un verre d’eau.

Comme si elle avait senti ma présence protectrice, Lily remua légèrement et ouvrit à demi ses grands yeux noisette, les mêmes yeux que sa mère Claire.

— Papa… murmura-t-elle d’une voix pâteuse de sommeil.

— Je suis là, mon trésor, chuchotai-je en prenant sa petite main chaude dans les miennes pour la porter à mes lèvres. Je suis là et je ne partirai plus jamais.

— La méchante dame est partie ? demanda-t-elle timidement.

— Elle est partie pour toujours, Lily. Elle ne remettra plus jamais les pieds dans notre maison. Elle ne pourra plus jamais te toucher, ni même te regarder. C’est fini.

Un petit sourire fragile apparut sur ses lèvres. Elle se pelotonna contre mon bras, poussant un soupir d’un soulagement infini.

— Est-ce qu’on peut rentrer à la maison demain avec Papy et Oncle Arthur ?

— Oui, mon cœur. Demain, nous rentrons tous les trois ensemble. Et nous ferons un grand feu dans la cheminée, nous préparerons des chocolats chauds avec des guimauves, et nous redécorerons entièrement ta chambre avec toutes les couleurs que tu voudras.

— Avec du bleu et du jaune ?

— Avec tout le bleu et tout le jaune du ciel.

Elle ferma les yeux, rassurée, et en quelques secondes, son souffle redevint profond et tranquille, glissant dans un sommeil réparateur et serein.

Je restai là, assis dans l’obscurité bienveillante de la chambre d’hôpital, veillant sur mon enfant tandis que dehors, les premières lueurs de l’aube commençaient à percer l’horizon hivernal, balayant les ombres d’une longue nuit d’horreur pour faire place à la promesse d’une nouvelle vie, pure, lumineuse et indestructible.