Elise porta une main tremblante à sa tempe gauche, là où la marque blanchâtre disparaissait sous ses cheveux.

« L’acier en fusion a commencé à crépiter à l’intérieur. La fumée était toxique, saturée de cyanure et de métaux lourds. Le système d’extinction automatique s’est déclenché, mais ils l’avaient saboté depuis la salle des machines. Nous étouffions. J’ai pris mon arme de service, j’ai vidé deux chargeurs à travers la fente de la porte pour retarder leur progression. Un ricochet… un éclat de blindage m’a frappée au visage. C’est là que j’ai eu cette cicatrice. Le sang m’aveuglait. Je suis tombée au sol. »

Elle leva les yeux vers Mark. Des larmes silencieuses brillaient sur ses joues, mais son regard ne fuyait plus.

« Andrew m’a relevée. Il m’a traînée derrière le blindage de la console. Il m’a tendu son propre masque à oxygène d’urgence, Mark. Le mien avait été arraché par le souffle de l’explosion. Il a refusé de le reprendre. Il m’a dit : ‘Commandant, vous devez taper le code de confirmation présidentiel. Mes codes à moi ne suffiront pas pour autoriser la destruction complète.’ Il m’a poussée sur le siège. Et pendant que je tapais les séquences de purge, il a ramassé mon fusil d’assaut. »

Mark sentit ses genoux fléchir. Il s’appuya contre le mur, le visage livide.

« La porte a cédé, » murmura Elise, la voix brisée par l’horreur du souvenir. « Ils ont jeté une grenade à fragmentation. Andrew… mon Dieu, Mark… Andrew a sauté entre la grenade et la console pour me protéger, moi et le terminal. Le souffle l’a projeté contre le rack de serveurs. Il a pris une douzaine d’éclats dans le flanc et le dos. Mais il ne s’est pas effondré. Il s’est relevé, couvert de sang, et il a fait feu jusqu’à ce que la culasse se bloque. Il en a abattu deux sur le pas de tir. Le troisième a tiré une rafale. Deux balles ont traversé la poitrine d’Andrew. »

Un sanglot déchirant s’échappa de la gorge de Mark. Il enfouit son visage dans ses mains, secoué de spasmes violents.

« J’ai abattu le dernier homme avec mon pistolet, » continua Elise, son corps tout entier tremblant. « Il restait quarante secondes avant la purge complète. Quarante secondes. Je me suis traînée vers Andrew. Il était étendu sur le dos, au milieu des douilles et du liquide de refroidissement qui fumait. Je pressais mes deux mains sur sa poitrine pour arrêter le sang, mais il y en avait trop. Tellement trop… L’air sifflait dans ses poumons. Il m’a regardée. Il savait qu’il partait. »

Elle s’arrêta, luttant pour respirer, submergée par le fantôme de cette nuit de feu.

« Qu’est-ce qu’il a dit ? » supplia Mark à travers ses larmes, levant des yeux rougis et désespérés. « Elise… qu’est-ce que mon frère a dit avant de mourir ? »

« Il a attrapé ma veste, » chuchota-t-elle, les larmes coulant sans retenue. « Il m’a regardée avec cette lueur têtue qu’il avait toujours quand il refusait d’abandonner un problème. Il m’a dit : ‘Dites à Mark… dites à mon frère de ne pas gâcher sa vie à me chercher. Dites-lui de vivre deux fois plus fort. Et prenez soin de Maman… elle ne supportera pas de savoir que j’ai eu peur.’ »

Elise baissa la tête, ses épaules s’affaissant sous le poids insupportable de huit années de solitude.

« Puis il a souri, Mark. Un demi-sourire, ensanglanté. Et il a dit : ‘Mission accomplie, Anchor Two.’ La console a bipé pour confirmer la purge. Les circuits thermiques de destruction se sont allumés. Tout a pris feu. Les équipes de secours de la Navy ont enfoncé les cloisons quelques minutes plus tard, mais il était trop tard. Andrew était parti. Les incendies ont ravagé la section pendant six heures. Quand ils ont enfin pu extraire les corps, il ne restait… il ne restait presque rien. Seulement sa plaque d’identification noircie, coincée sous les décombres de son poste de travail. »

Elle tendit la main vers son sac de soirée posé sur la table de nuit. Elle en sortit un petit boîtier en velours bleu marine, usé par le temps, et l’ouvrit d’un geste lent et révérencieux.

À l’intérieur ne se trouvait pas une médaille brillante. C’était une petite chaîne en acier terni, portant la seconde moitié de la plaque d’identification d’Andrew Mercer, tordue et marquée par le feu, ainsi qu’un médiator de guitare en métal gravé de ses initiales : A.M.

« L’amiral Brennan et les officiers du renseignement m’ont isolée à l’hôpital de Diego Garcia pendant trois semaines, » expliqua Elise d’une voix sourde. « Ils m’ont expliqué que si nous révélions qu’un commando étranger avait réussi à monter à bord et à massacrer des marins américains dans les eaux territoriales sans riposte immédiate, cela déclencherait une guerre ouverte dans le détroit d’Ormuz. Le Président a classé l’affaire Top Secret / Sensitive Compartmented Information pour une durée incompressible de huit ans. On m’a fait signer des formulaires d’engagement sous peine de haute trahison. Si je vous disais la vérité, à toi ou à ta mère, j’étais rayée des cadres, emprisonnée, et Andrew n’aurait même pas eu droit à des funérailles militaires. »

Elle posa la boîte sur la table basse, entre eux deux.

« Quand je suis revenue aux États-Unis, six mois plus tard, j’étais détruite. Je faisais des cauchemars chaque nuit. Je voyais son sang sur mes mains, j’entendais le bruit de la lance thermique. Je voulais juste voir sa famille, de loin. Voir les gens qu’il avait tant aimés, les gens pour qui il avait sacrifié son dernier souffle. Je suis venue à Norfolk. Je t’ai rencontré par hasard dans ce café près de la base… Tu avais ses yeux, Mark. Tu avais son rire. »

Mark se figea, levant vers elle un regard transpercé d’effroi. « Tu t’es approchée de moi par culpabilité ? »