Valentina tenta une dernière diversion, se levant à moitié de sa chaise. « Ingrate ! Après tout ce que mon fils a fait pour toi ! Qui étais-tu sans lui ? Une pauvre fille sans attaches ! »

« Silence, madame ! Coupa la juge en frappant la table de son stylo. Un mot de plus et je vous fais expulser de cette salle pour outrage. Votre attitude ici ne fait que confirmer la mauvaise foi patente qui a motivé cette opération. »

La magistrate fixa ensuite les deux accusés. « Voici les termes du protocole qui vous est proposé pour éviter des poursuites pénales qui mèneraient inévitablement monsieur Morozov devant le tribunal correctionnel avec une peine d’emprisonnement avec sursis et une mention infamante sur son casier : restitution immédiate du million trois cent mille roubles gelés au profit exclusif de madame Tatyana Morozova. Pour les sept cent mille roubles restants, monsieur Andrey Morozov cède l’intégralité de sa part sur le véhicule acquis durant le mariage et s’engage à verser une indemnité mensuelle garantie par acte notarié. Enfin, le divorce sera prononcé aux torts exclusifs de monsieur pour faute grave. Acceptez-vous, ou préférez-vous que je transmette immédiatement le réquisitoire au procureur de la République ? »

Andrey regarda sa mère, espérant un miracle. Mais Valentina Sergueïevna évitait désormais son regard, le visage crispé par la défaite, serrant nerveusement les lanières de son sac à main bon marché. Il comprit alors, avec une cruauté absolue, que sa mère ne ferait aucun sacrifice pour lui. Elle avait pris son argent, mais elle le laissait affronter seul le désastre qu’elle avait orchestré.

« J’accepte… murmura Andrey, la voix brisée. Je signe tout ce que vous voulez. »

La signature des actes prit moins d’une demi-heure. Lorsque les paraphes furent apposés au bas des formulaires officiels, Tatyana sentit un poids immense s’envoler de sa poitrine. Elle récupérait l’essentiel de son capital, et la perte restante était le prix, finalement dérisoire, de sa liberté retrouvée.

Dans le couloir du palais de justice, Andrey tenta une dernière fois de s’approcher d’elle pendant que Valentina s’éloignait à grands pas vers la sortie, furieuse et bouillonnante.

« Tanya… Qu’est-ce que je vais devenir ? Je n’ai plus un sou d’avance, je vais devoir rendre la voiture… »

Tatyana s’arrêta et le regarda une dernière fois. Il n’y avait plus de rancœur en elle, seulement le vide immense que laissent les illusions détruites.

« Tu as toujours ta mère, Andrey. Et tu es le chef de famille, n’est-ce pas ? Prends tes grandes décisions. »

Elle tourna les talons sans attendre de réponse et marcha aux côtés de Pavel vers les portes vitrées du tribunal.

Dehors, le vent d’automne chassait les nuages gris, laissant filtrer un rayon de soleil pâle mais chaleureux sur les trottoirs de Moscou. Pour la première fois depuis des années, Tatyana respira profondément, l’air frais emplissant ses poumons d’une sensation nouvelle et grisante : celle d’une vie qui lui appartenait enfin tout entière.