Vanessa éclata d’un rire cristallin, sans la moindre panique, comme si la scène faisait partie intégrante d’un divertissement mondain.
« Finie ? Par qui ? Par toi ? Regarde autour de toi, Naomi. Tu t’es introduite par effraction dans une propriété privée lors d’un événement caritatif. Tu as volé des documents personnels. Julien ici présent va simplement se charger de récupérer ce qui m’appartient, et on retrouvera ton corps dans les étangs du parc demain matin. Une pauvre mère déchue qui n’a pas supporté la perte prochaine de son enfant et qui s’est jetée dans les eaux glacées. Une tragédie shakespearienne parfaite. Les juges adoreront. »
Julien Vasseur fit un pas en avant, sortant de sa poche un cran d’arrêt dont la lame jaillit avec un déclic sinistre.
« Donne le carnet, petite », grogna-t-il d’une voix rauque. « Ne rends pas les choses plus salissantes que nécessaire. »
Naomi recula de deux pas, heurtant la commode. Elle savait qu’elle n’avait aucune chance physique face à un tueur à gages. Mais elle savait aussi que la vanité de Vanessa était sa plus grande faiblesse.
« Pourquoi Maisie ? » demanda Naomi, cherchant à gagner chaque précieuse seconde, sachant que Marc entendait tout par le micro-émetteur. « Pourquoi détruire une enfant innocente de quatre ans ? »
Vanessa haussa les épaules avec un mépris souverain. « Cette morveuse n’est qu’un pion juridique ! Son arrière-grand-mère a eu la stupidité de rédiger un fidéicommis inaliénable qui bloque quarante millions d’euros jusqu’à ses vingt-cinq ans, sauf en cas d’incapacité totale des ascendants directs ! Graham est un faible, un lâche sentimental que j’ai manipulé sans le moindre effort. Mais cette petite peste… elle me regardait toujours avec ces yeux de fouine. Le jour du mariage, elle m’a entendue dans ce vestiaire. Elle m’a surprise. J’ai cru qu’elle ne comprenait rien, mais un enfant qui se souvient est une bombe à retardement. Alors oui, dès que la garde exclusive m’aurait été accordée, elle aurait fini dans un pensionnat en Suisse, oubliée du monde entier, gavée de sédatifs jusqu’à ce que son héritage glisse définitivement dans mes poches. Et Graham n’y aurait vu que du feu avant de mourir dans un virage mal négocié ! »
« Tu es un monstre », cracha Naomi avec un dégoût viscéral.
« Je suis une femme d’affaires réaliste », rétorqua Vanessa avec un rictus triomphant. « Julien, prends le carnet et étouffe-la. »
Le colosse s’avança, la main gantée de cuir tendue vers la gorge de Naomi.
Soudain, la porte dérobée menant aux anciennes galeries de service vola en éclats sous un coup de bélier violent. Deux hommes en tenue tactique du GIGN, accompagnés de policiers en civil et de Marc, firent irruption dans la pièce, armes braquées.
« POLICE ! NE BOUGEZ PLUS ! LÂCHEZ CETTE ARME ! AU SOL ! »
Vasseur, surpris, tenta de faire volte-face avec son couteau, mais un tir de neutralisation électrique le foudroya instantanément, l’effondrant sur le tapis persan avec un gémissement d’agonie.
Vanessa poussa un hurlement de rage, reculant vers le fond de la pièce, son masque de perfection aristocratique se brisant en mille morceaux. « Qu’est-ce que c’est que cette mascarade ?! Sortez d’ici ! Graham ! Sécurité ! Au secours ! »
La double porte principale du vestiaire s’ouvrit alors avec fracas.
Dans l’encadrement se tenait Graham. Mais ce n’était plus l’homme soumis, docile et hébété des derniers mois. Son visage était d’une pâleur cadavérique, ses yeux injectés de sang par le choc et l’horreur. Derrière lui, médusés, se pressaient le préfet de police, le juge d’instruction invité d’honneur et une douzaine de notables de la ville, le silence le plus absolu régnant dans le grand salon attenant.
La voix de Vanessa, enregistrée et retransmise en direct par le système audio du domaine grâce au piratage de Marc, avait résonné dans les haut-parleurs du gala avec une netteté chirurgicale : « Cette morveuse n’est qu’un pion juridique… Graham est un faible, un lâche sentimental que j’ai manipulé sans le moindre effort… Graham n’y aurait vu que du feu avant de mourir dans un virage mal négocié ! »
Chaque convive, chaque magistrat, chaque associé d’affaires avait entendu l’aveu intégral, limpide et monstrueux de la criminelle.
« Graham… mon amour… » balbutia Vanessa, tentant désespérément de recomposer son visage angélique, tendant des mains suppliantes. « C’est un piège ! Ils m’ont forcée à dire ça ! Elle m’a agressée avec ce carnet… Julien m’a menacée… ! »
Graham s’avança lentement vers elle. Sa main tremblait, non pas de peur, mais d’un mépris infini et d’un dégoût qui lui tordait les entrailles. Il retira son alliance en platine de son doigt et la jeta aux pieds de son épouse, comme on jette une ordure souillée.
« Tu voulais tuer ma fille. Tu voulais me tuer », murmura-t-il d’une voix rauque, brisée par la honte et la fureur. « Et moi, pauvre imbécile aveugle… j’ai douté de la mère de mon enfant pour une pourriture de ton espèce. »
Il se tourna vers le commissaire de police qui s’avançait les menottes à la main. « Arrêtez-la. Pour tentative d’assassinat, complot criminel, tentative d’enlèvement et fraude financière. Je porterai plainte sur chacun de ces chefs d’accusation, dussé-je y laisser toute ma fortune. »
Vanessa Sterling fut plaquée contre le mur sans ménagement par deux officiers de police. Tandis qu’on lui passait les menottes aux poignets dans son habit de gala émeraude, son regard croisa celui de Naomi. Toute trace de noblesse avait disparu ; son visage n’était plus qu’un masque de haine pure, écumante de défaite.
« Tu ne seras jamais rien, Naomi ! Rien du tout ! » cracha-t-elle avec démence tandis qu’on la traînait vers la sortie sous les regards horrifiés et réprobateurs de toute la haute société réunie. « Tu n’es qu’une misérable ! »
Naomi ne cilla pas. Elle tenait fermement le petit carnet noir contre sa poitrine, son regard d’une sérénité absolue, inébranlable comme un roc après l’ouragan.