Je demandai la parole d’un geste calme vers le magistrat. Le juge hocha la tête, m’accordant la parole.
Je fixai Morgane droit dans les yeux, sans haine, sans éclat de voix, avec cette autorité souveraine que confère la vérité nue.
« Vous vouliez une belle vie, mademoiselle ? La beauté d’une vie ne se bâtit pas sur les ruines de celle des autres. Vous avez cru que ce manoir n’était que des mètres carrés à monétiser, du parquet à plastifier, des pierres à vendre aux plus offrants. Vous n’avez jamais compris que chaque poutre de cette maison a été payée par des mois de solitude en mer, par des tempêtes traversées par un homme digne, par les prières d’une femme qui attendait son retour sur les remparts. Vous avez levé la main sur moi parce que je protégeais l’image de mon mari. En faisant cela, vous n’avez pas seulement signé votre perte pénale ; vous avez révélé la laideur de votre âme au monde entier. »
Puis, je me tournai vers Erwan. Ses larmes coulaient en silence, mouillant sa chemise froissée.
« Quant à toi, mon fils… La loi ne me permet pas de te déshériter totalement de la part minimale qui te revient, et je respecterai la loi républicaine. Mais tu ne toucheras pas un sou tant que la fondation n’aura pas été intégralement remboursée des deux cent quarante mille euros de réparations et de préjudices que les experts viennent de chiffrer. Tu passeras les vingt prochaines années de ta vie à payer chaque coup de perforateur que tu as donné dans la maison de ton père. La justice saisira tes salaires. Tu travailleras, Erwan. Tu travailleras enfin de tes mains, non pas pour briser, mais pour rembourser. »
« Maman… je t’en supplie… ne m’abandonne pas avec elle… » sanglota-t-il,