L’interphone s’éteignit d’un coup sec.
En haut des marches métalliques, des pas lourds commencèrent à descendre. Le faisceau blanc et cru de plusieurs lampes torches tactiques déchira la pénombre de la cage d’escalier.
« Victor de la Tour ! » cria une voix masculine autoritaire. « Police judiciaire. Ne faites aucun geste brusque. Mettez vos mains en évidence sur le mur ! »
Victor laissa glisser son dos le long du mur en béton. Il n’eut même pas la force de lever les bras. Il s’effondra par terre, les genoux ramenés contre son torse, fixant l’acier rouge de la porte qui l’avait pris au piège de sa propre machination.
Les officiers de police l’entourèrent en quelques secondes. Des mains fermes le plaquèrent au sol, le cliquetis métallique et froid des menottes se referma sur ses poignets derrière son dos. Quand ils le relevèrent sans ménagement, ses vêtements étaient couverts de poussière industrielle et son regard errait dans le vide, brisé.
Lorsqu’on le ramena à la surface, sous la grande verrière du conservatoire, le crépuscule commençait à teinter le ciel d’un violet profond.
La serre était désormais illuminée par les projecteurs bleus et tournants des véhicules de police stationnés le long des allées de gravier. Une demi-douzaine de fonctionnaires relevaient des indices autour du bassin à koïs. Des techniciens en combinaison blanche photographiaient le chariot renversé, la perche de sauvetage retrouvée dans le compost et les empreintes de pas boueuses sur les dalles de grès.
Céleste était assise sur une marche en pierre, les mains passées dans des menottes souples en plastique, entourée de deux policiers en civil. Elle pleurait sans bruit, le maquillage coulant sur ses joues creuses, le regard fixé sur ses pieds nus. Quand elle vit Victor passer devant elle, escorté par deux inspecteurs, elle ne leva même pas les yeux. La complicité empoisonnée qui les unissait depuis des mois s’était dissoute dans la boue du bassin.
Valentina se tenait debout près de la double porte d’entrée, un manteau de laine sombre jeté sur ses épaules mouillées.
Elle ne regarda pas Victor lorsqu’il fut conduit vers le premier fourgon cellulaire. Elle ne lui accorda pas l’honneur d’un dernier regard de haine ou de triomphe. Pour elle, il avait déjà cessé d’exister.
Nolan s’approcha d’elle à pas mesurés.
« La clinique vient d’appeler, madame », dit-il d’une voix adoucie. « L’équipe médicale a fini les examens complémentaires. Owen n’a pas d’eau dans les bronches profondes. Il a eu une légère hypothermie, mais sa température corporelle est revenue à la normale. Il réclame sa maman et son ours en peluche. »
Pour la première fois depuis que le cri avait retenti sous la serre à seize heures dix-sept, les épaules de Valentina s’affaissèrent légèrement. La tension surhumaine qui maintenait son corps d’acier sembla se relâcher d’un coup.
Elle ferma les yeux une seconde, inspirant profondément l’air frais du soir qui s’engouffrait par la porte ouverte.
« Préparez la voiture, Nolan », dit-elle doucement en essuyant d’un revers de main une goutte d’eau qui perlait encore au bout de ses cheveux. « Nous partons immédiatement. »
Elle traversa l’allée centrale sans se retourner une seule fois vers le bassin où les grandes carpes rousses tournaient désormais en rond dans l’eau sombre redevenue immobile. Derrière elle, les portières des véhicules de police claquèrent, emportant dans un écho de sirènes les ruines de ceux qui avaient cru pouvoir bâtir une fortune sur la vie d’un enfant innocent.