À ces mots, deux berlines d’intervention de la police fédérale jaillirent de l’ombre du hangar, gyrophares allumés, projetant des reflets bleus et rouges sur la carlingue mouillée de l’avion. Plusieurs inspecteurs en civil, accompagnés de Maître Vance, descendirent des véhicules et encerclèrent le tarmac.
Marcus lâcha sa mallette qui tomba dans une flaque d’eau avec un bruit mat.
— Walker… attends… écoute-moi ! C’était l’idée de Brianna ! C’est elle qui m’a contacté il y a six mois ! C’est elle qui m’a dit que tu travaillais sur un dossier confidentiel et qu’il y avait des dizaines de millions à prendre ! C’est elle qui a tout orchestré !
Ethan le regarda avec un dégoût infini. Ces deux êtres s’étaient trouvés, s’étaient utilisés l’un l’autre, et s’entredéchiraient à la première seconde de déroute.
— Gardez vos aveux pour les procureurs, Marcus. Vous aurez tout le temps de vous rejeter mutuellement la faute pendant les dix prochaines années.
Un agent s’avança, passa les menottes aux poignets de Marcus Reed et lui lut ses droits sous la pluie battante. Marcus hurlait, menaçait, puis suppliait, mais sa voix fut rapidement étouffée à l’intérieur de la voiture de police dont les portières claquèrent sèchement.
Maître Vance s’approcha d’Ethan, tendant un parapluie noir au-dessus de sa tête :
— Les scellés sont posés sur la galerie d’art, Monsieur Walker. Les comptes de mademoiselle Collins ont été gelés conformément aux clauses de sauvegarde du contrat de fiducie. Elle est ruinée, et les preuves de tentative d’extorsion et d’espionnage industriel sont accablantes. Elle ne pourra pas éviter une peine de prison ferme.
Ethan contempla la piste détrempée où les reflets des gyrophares commençaient à s’éloigner dans la nuit. Une immense fatigue pesait sur ses épaules, mais c’était la fatigue saine d’un homme qui s’éveille enfin d’un cauchemar insidieux.
— Merci, Alexandre, dit-il doucement. Assurez-vous simplement que la loi s’applique dans toute sa rigueur. Rien de plus, rien de moins.
— Et pour vous, Monsieur ? Que faites-vous maintenant ?
Ethan sortit de sa poche la bague de fiançailles qu’il avait gardée dissimulée toute la soirée : un diamant taille poire d’une pureté exceptionnelle, monté sur un anneau de platine sobre. Il l’observa une dernière fois sous la lumière blafarde des projecteurs. Trois ans d’illusions, de sacrifices et d’amour dévoyé étaient condensés dans cette pierre glacée.
D’un geste calme et délibéré, Ethan laissa tomber l’écrin au fond d’une grille d’évacuation d’eau pluviale. Le son métallique de la chute fut immédiatement englouti par le rugissement lointain des réacteurs d’un avion qui décollait dans la nuit.
— Maintenant, Maître Vance, murmura Ethan en se dirigeant vers sa berline, je retourne au travail. La véritable vie commence ce soir.